Episode 146
Flavien Chervet | Comptoir IA #146
Flavien Chervet
Auteur de 'Hypercreation', 'Hyperprompte' et de la BD 'Helo'
Resume
Flavien Chervet, auteur de 'Hypercreation', 'Hyperprompte' et de la BD 'Helo', devoile sur Comptoir IA les deux ecrans de fumee de l'IA que personne ne voit. L'ecart entre experts IA et utilisateurs occasionnels cree une societe a plusieurs vitesses. La periode d'autonomie des IA double tous les 6 mois - fin 2026, elles pourront travailler 8-10 heures en continu. Flavien estime a 50-75% la probabilite d'une IA generale d'ici fin 2027. Le projet Sakana AI a produit un papier scientifique complet valide en peer review par une IA autonome. DeepMind a identifie 280 000 materiaux synthetisables. L'IA n'est pas un outil comme Internet ou l'electricite - c'est un agent decisionnel, ce qui change tout. Flavien appelle a une reflexion politique urgente sur la redistribution et presente sa BD Helo, creee en 9 mois avec l'IA, disponible en precommande.
Points cles de l'episode
- 1L'autonomie pertinente des IA double tous les 6 mois - 8-10h en continu d'ici fin 2026
- 250-75% de probabilite d'une IA generale d'ici fin 2027 selon les lois d'echelle
- 3Sakana AI a produit un papier scientifique complet valide en peer review de facon autonome
- 4DeepMind a identifie 280 000 materiaux synthetisables - plusieurs siecles de recherche acceleres
- 5L'IA n'est pas un outil mais un agent decisionnel - automatiser l'intelligence c'est automatiser la creation de valeur
- 6L'ecart entre experts IA et utilisateurs cree une societe a plusieurs vitesses
- 7Weavy permet un workflow procedural en creation video - modifier un prompt propage les changements automatiquement
- 8La BD Helo (108 pages) explore l'arrivee des super-intelligences de 2025 a 2028 en open source
Transcription complete
Presentation de Flavien Chervet et ses ouvrages
Nicolas Guyon— Salut Flavien !
Flavien Chervet— Salut Nico !
Nicolas GuyonAlors bonjour à tous, aujourd'hui j'ai l'immense plaisir de recevoir Flavien Chervé sur Comptoir IA. Flavien, on aurait dû organiser ça depuis déjà bien longtemps. Qu'est-ce que ça veut dire bien longtemps à l'heure de l'IA Générative ? Je ne sais pas. On est le 10 octobre 2025, on se connaît assez bien. — Moi j'adore ton travail Flavien.
Flavien Chervet— Et c'est réciproque.
Nicolas GuyonC'est très gentil, merci. Alors d'ailleurs, le travail de Flavien, vous pouvez le trouver ici. Alors il y a Hypercréation, Hyperprompte, Hyperarme, bientôt une BD qui est en précommande avec Nathalie Dupuis, qu'on salue évidemment, qui s'appelle Elo.
Flavien ChervetTout à fait.
Nicolas GuyonEt Flavien, donc toi, tu es prospectiviste IA. Et moi, j'ai eu le plaisir d'intervenir ensemble sur des podcasts. J'adore ta conversation, j'adore le fait que tu viennes un peu du langage, de la philosophie pour arriver dans l'IA, que tu as aussi cette passion pour le code. Et je trouve qu'au final, ça te donne une perspective passionnante, hyper claire, que tu arrives à bien faire passer les messages. Et c'est un peu une des ambitions qu'on a aujourd'hui.
Flavien ChervetOn espère. Merci beaucoup. Je vais faire de mon mieux.
Nicolas GuyonMerci d'être ici. Peut-être pour démarrer, je salue tous nos auditeurs, je les remercie pour leur confiance. Il y a pas mal qui m'ont contacté récemment sur... LinkedIn, en me disant qu'OnToiRia, c'est la REF des podcasts. Donc, ravi d'attaquer ce 146e épisode avec toi et on va s'éclater. J'ai vu une phrase de Mark Cuban, je ne sais pas si tu connais, milliardaire de la tech américain, qui avait explosé sur l'ère de la micro-informatique. Au début, il faisait des magazines sur la micro-informatique. Il n'est pas si connu que ça en France, mais il faisait, je crois, une boîte qui s'appelait CompuServe aussi. Et je l'ai vu en fait, il parlait extrêmement bien de l'IA. Il disait, l'IA, moi je passe n'importe quelle minute, si j'étais un jeune, je passerais encore plus de temps à apprendre l'IA, à me renseigner sur l'IA, à apprendre à faire des choses avec l'IA. Même si je dors, j'écoute des podcasts sur l'IA. Mon feed TikTok, mon feed Instagram, ce n'est que de l'IA et des hacks IA pour savoir comment m'en servir au mieux. Et il te dit, il fait que ça, il fait que ça de sa vie, il y a une urgence, et le conseil qu'il donne aux jeunes, et aux moins jeunes aussi, de temps en temps, ça peut être un peu différent, parce que tu peux avoir déjà une boîte, et dans ce cas-là, le challenge, ça va être vraiment d'intégrer l'IA dans ta boîte, où tu peux démarrer de zéro, et dans ce cas-là, si tu mets l'IA de ton côté, je pense que tu facilites la tâche. Et on en a fait déjà parler ensemble, c'est quelque chose avec lequel tu es d'accord.
Flavien ChervetAh bah oui, je suis complètement d'accord. Évidemment, le gros problème des entreprises, c'est que l'intelligence artificielle, ce n'est pas juste une nouvelle tech, ce n'est pas un sujet d'innovation, c'est un nouveau paradigme, c'est un sujet de transformation. Et pour que l'entreprise prenne bien l'IA, elle ne peut pas juste ajouter de l'IA sur ses processus classiques. C'est là où on a tous les cas d'usage déceptif, où il n'y a pas de ROI, où ça ne marche pas bien. Une entreprise, pour réussir avec l'IA, elle a besoin de le penser comme une transformation, de remettre en cause ses processus, sa chaîne de valeur, son business model, sa strat. C'est un gros boulot. Et donc, évidemment, c'est super lourd et c'est pas facile et ça prend du temps. Et vu la vitesse avec laquelle ça va, c'est... D'autant plus difficile. Mais par contre, quand on est jeune, quand on est en train de monter une boîte, ou tout simplement quand on est même étudiant en train de créer sa vie, construire son avenir, etc. Là, c'est une opportunité de dingue. On n'a pas à désapprendre pour reconstruire quelque chose de différent. Donc il faut carrément construire avec l'IA et en effet... C'est tellement... Enfin, automatiser l'intelligence, c'est tellement généraliste et ça va tellement être le cœur de la création de valeur et le cœur du fonctionnement de notre civilisation. Oui, je pense que ce conseil, il est plutôt approprié. Mais pas que l'IA, par contre.
Nicolas GuyonAh, qu'est-ce que tu rajoutes ?
Flavien ChervetTout le monde peut s'intéresser à l'IA, mais chacun a des singularités, et je pense que dans le monde qui vient, c'est sûrement pas l'uniformisation qui va faire la valeur de quelqu'un, c'est sa singularité. Donc il faut s'intéresser à l'IA, mais il faut la connecter à d'autres domaines qui nous intéressent. On adore le sport, connectons-la au sport. On adore l'art, connectons-la à l'art. On adore la philo, connectons-la à la philo. On adore la cuisine, connectons-la à la cuisine. Il faut garder des éléments de singularité et venir les faire dialoguer avec l'IA, je pense. Ça, c'est vraiment important.
Nicolas GuyonTout à fait d'accord, c'est ça qui est génial, moi j'en parle très souvent, je montre systématiquement, tu vois une vidéo, un clip fictif pour Volvo, qui est fait par un type tout seul, en 24 heures, et tout le monde a réagi en disant c'est dingue, c'est une campagne qui coûterait 800 000 à 1 million d'euros, cette vidéo de 1 minute pour Volvo, sans visuel officiel. Et en fait, ce que je présente à chaque fois, c'est que la personne qui fait ça est réalisateur publicitaire depuis 15 ans. Donc quand lui, il applique en fait l'IA sur son expertise de la réalisation publicitaire, il fait un truc de malade. Moi, c'est assez bien de servir des outils d'IA, images, vidéos. Je suis incapable de faire un clip publicitaire d'une minute.
Le premier ecran de fumee : l'ecart entre experts et utilisateurs
Flavien ChervetC'est impossible. Là, tu parlais tout à l'heure de la BD que je suis en train de sortir, Hélo. Ça va être le premier projet officiel du studio de création que j'ai fondé, qui s'appelle Studio Entre-Mondes. Et j'aurais pu me dire, OK, je vais créer un studio de création tout seul avec plein d'IA. Et de toute façon, les IA étant capables de maintenant faire de la vidéo de bonne qualité, de l'image, etc. Je vais pouvoir créer moi tout seul avec mon agence d'IA. C'est faux. Dans ce studio, il y a donc la directrice artistique qui a travaillé avec moi sur la BD, il y a un directeur de création et une autre directrice artistique qui travaille avec moi sur une série d'animations qui sont spécialisées là-dedans, il y a un metteur en scène avec qui je commence à travailler pour un spectacle, et à chaque fois, en fait, l'intelligence artificielle ouvre des nouveaux pans, des nouveaux possibles dans les espaces créatifs qu'on explore, mais la qualité du professionnel qui a de l'expérience dans le domaine, en tout cas aujourd'hui, je ne sais pas dans 20 ans, mais aujourd'hui, elle fait toute la différence. Quand je regarde, j'ai vu des BD faites souvent par IA, une autre c'est pas ça, c'est avec de l'IA, c'est une nuance très importante, mais j'en ai vu, et pour l'instant, toutes celles que j'ai vues, c'était pas du grand art, c'était pas des BD state of the art de ce qui se fait dans la BD. Je pense que là, avec Nathalie, on a poussé le truc pour vraiment faire une BD qui peut aller concourir dans des concours de BD, etc. C'est une BD qui a un sens culturel. Sans Nathalie, j'aurais pas du tout fait un truc aussi bien. Je suis complètement d'accord quand on a l'expertise. Aujourd'hui, ça change tout.
Nicolas GuyonOn va revenir sur la BD dans une seconde. Mais juste avant, je me dis Il y a quelque chose que tu défendais dans un podcast des numériques que j'ai adoré récemment, c'était un petit peu le niveau des gens qui utilisent l'IA à fond aujourd'hui, qui sont un peu des experts. On en connaît en tout cas quelques-uns en France, à Paris mais pas que, des gens qui écoutent les podcasts, qui sont à tous les meetups, qui sont leaders d'opinion sur ces sujets. Moi, j'ai l'impression que ces gens-là, en fait, grosso modo, ils deviennent surhumains et que l'écart se creuse entre eux et ceux qui utilisent vraiment de cette GPT parce qu'ils n'ont pas le temps ou parce qu'ils n'ont que pilote au boulot, tu vois, qui leur est imposé. J'ai l'impression que l'écart ne cesse de se creuser.
Flavien ChervetOui, c'est clair. Et c'est pour moi un énorme danger actuellement. que je ressens à fond. Il y a trois ans, quand je donnais des conférences, bon, j'arrivais en conférence, je demandais qui n'a jamais utilisé un LLM, Chapipiti ou Cancer. Bon, il y avait plein qui levaient la main parce que c'était le tout début et il y avait plein de gens qui n'avaient pas, qui n'avaient encore pas testé. Maintenant, quand j'y vais, il y a évidemment moins de monde, mais selon les milieux, il y a encore des milieux où il y a beaucoup de gens qui lèvent la main. Et donc, il y a encore des gens qui n'ont jamais essayé de parler à UNIA. Et je pense que, enfin, vu à quel point c'est accessible, à quel point, enfin, c'est même gratuit, donc on peut quand même à peu près tous aller expérimenter à quel point c'est transformateur, cette curiosité aujourd'hui elle est ultra nécessaire. Et le grand écart qui se creuse entre ceux qui n'ont pas touché ou à peine touché et ne sont pas du tout utilisateurs et donc fonctionnent complètement avec des réflexes pré-IA, une façon de fonctionner pré-IA, Et ceux qui se sont tellement mis à fond dedans qu'ils ont complètement transformé leur quotidien, moi je ne travaille plus du tout pareil. Par rapport à il y a trois ans, il n'y a pas un truc que je fais au quotidien, dans mon quotidien pro en tout cas, et même un peu perso, qui est pareil. Ça a complètement fait basculer mes modes de fonctionnement. Et en effet, je suis mille fois plus productif, c'est une chose, mais surtout mille fois plus créatif, etc. Et je pense que ce grand écart, il ne fait que se creuser et il est en train de créer une société à deux vitesses, peut-être même à trois vitesses. On en parlait en off, mais ceux qui possèdent les modèles, ils ont des trucs en interne que même les Ceux qui s'intéressent beaucoup à l'IA non pas. Et donc, il y a même trois mondes.
Nicolas GuyonUn des exemples était à l'époque connu, c'était Elon Musk, qui arrivait à prévoir un peu le résultat des élections américaines avant que ça soit finalisé. Notamment parce qu'avec l'IA de XAI, avec Grok, Sam Altman qui nous dit ça aussi, juste après le DFD qui a eu lieu lundi. Il me disait, oui, il y a les personnes qui utilisent peu, il y a les experts, il y a les personnes qui utilisent Codex, il y a les gens d'OpenAI qui ont accès aux modèles, comme tu le dis. Et ça en fait, à chaque fois, c'est des... des outils qui sont de plus en plus puissants et qui permettent d'aller beaucoup plus loin.
Flavien ChervetMoi, je suis convaincu que ce qu'on a à disposition, par exemple, venant d'Entropiq Cloud 4.5, qui est pour moi sûrement la meilleure IA de code aujourd'hui, en interne chez Entropiq, ils ont un équivalent Cloud 5 du code, si tu veux, qui a le même mark-up avec Cloud 4.5 que Cloud 4.5 là, Claude 4 ou 3.7. Donc, ce qui est un énorme mark-up, ça veut dire que ce qu'ils ont à l'interne pour faire de la recherche, pour produire, etc. est la plus puissante que ce que nous on considère comme incroyable.
Nicolas GuyonVas-y, Flavien. De toute façon, on a dit que c'était un podcast du vendredi.
Flavien ChervetExactement.
Nicolas GuyonOn a tous les deux et nos auditeurs certainement eu des semaines très actives après la rentrée. Heureusement, t'as bien compris. Comme d'habitude, je sais que tu es en chaussettes pour ceux qui nous écoutent et t'as bien raison. En plus, on a une petite moquette.
Flavien ChervetVoilà, c'est ça.
Nicolas GuyonMais t'as bien raison, la puissance, je suis tout à fait d'accord. Quand on nous dit que Claude Seney 4.5 peut avancer sur une tâche 30 heures en autonomie, qu'on sait de l'autre côté qu'en fait on a quand même aujourd'hui un goulot d'étranglement qui est au niveau de la puissance de calcul pour 800 millions d'utilisateurs hebdomadaires de chaque GPT.
Flavien ChervetEt de Flora bientôt.
Nicolas GuyonQuand t'es en phase d'expérimentation, que t'es dans la partie labo de recherche d'Anthropic ou d'OpenAI, en vrai t'as carte blanche. Donc là c'est certainement pas 30 heures en autonomie avec 4.5, ce n'est, c'est peut-être 100 heures. Et ça, ça veut dire que c'est dingue.
Flavien ChervetIl y a un super benchmark que je trouve très intéressant, qui est fait par d'ailleurs des Français, par l'Institut Mitter, qui est une espèce de nouvelle loi d'échelle, si on veut, qu'ils ont mise au jour, qui montre, pour faire très très simple, la durée de travail en autonomie qu'une IA est capable de réaliser sans se perdre et commencer à faire n'importe quoi. Et il montre que cette durée, qui a commencé à quelques secondes quand ChatGPT ne fait que répondre d'un coup, qui est passée à quelques minutes avec les modèles de raisonnement au début, qui en effet aujourd'hui peut, si tu as des versions pro poussées, peut atteindre 45 minutes, une heure, deux heures même quand tu es chercheur, etc. Cette durée-là de travail en autonomie pertinente, elle double environ tous les six mois.
Nicolas GuyonC'est ce que j'avais vu, tout à fait.
Flavien ChervetAlors personnellement, je pense même que c'est une loi empirique, ils regardent les trois dernières années, je crois qu'ils ont regardé, donc c'est assez court et j'aurais tendance à croire que ça va aller un peu plus vite que ça dans les prochaines années. Ça va même se tasser un peu et donc on va débloquer des horizons temporels beaucoup plus longs. Mais déjà, si tu t'en tiens à cette règle-là, à cette espèce de loi empirique-là, ça veut dire qu'aujourd'hui, dans le public, on a des IA qui peuvent aller travailler deux heures, deux heures et demie, trois heures. Ça veut dire que fin 2026, il faut s'attendre à ce qu'on ait des IA qui soient capables de travailler une journée complète, huit, dix heures. Huit, dix heures, quand t'es une IA et que tu produis du code et qu'en cinq minutes, tu es capable de produire une app complète qui prendrait deux mois de dev, en une journée, tu fais beaucoup. Quand tu peux lire un million de mots d'un coup, tu le fais beaucoup en une journée. Donc déjà une journée de travail autonome d'une IA, alors il y aura des questions de fenêtres de contexte, etc. aussi, mais c'est du délire sur ce que ça peut ouvrir comme cas d'usage.
Le deuxieme ecran de fumee : la sous-estimation de la vitesse
Nicolas GuyonMais t'as raison de parler de ça, parce que c'est vrai que, en tout cas moi je sais que ça m'a beaucoup éclairé sur cette progression de l'IA, c'est de se dire une IA qui va pouvoir prendre 1 minute, 1 heure, 24 heures, 1 journée, 1 semaine, 1 an pour avancer sur un projet, pour répondre à un prompt. Ça fait penser un petit peu au guide du voyageur intergalactique de Douglas Adams, avec donc l'ordinateur DeepSeek, DeepSoot, Deep Pensée Profonde en tout cas. Et cet ordinateur qui, pour le coup, va réfléchir 250 millions d'années pour nous sortir la réponse 42, une question mal posée. Mais en tout cas, quand on pense comme ça, on se dit, waouh, ça va être extrêmement puissant et peut-être que ça va avoir des conséquences incroyables au niveau scientifique, notamment.
Flavien ChervetOui, et alors c'est super que tu amènes la dimension scientifique parce que À côté de cet horizon temporel, il y a deux ingrédients en plus qui font prendre conscience d'à quel point c'est fondamental cette vitesse à laquelle ça peut aller. C'est que si tu mets deux fois plus de puissance de calcul, en deux heures, tu fais deux fois plus. D'une certaine façon, tu produis deux fois plus de tokens, etc. Ou presque. Le temps d'une IA est compressible selon la puissance de calcul que tu y mets. Contrairement à un humain où notre temps, on a une seule puissance de calcul. Le deuxième élément, c'est qu'à côté de la profondeur temporelle, tu peux avoir une profondeur plus horizontale, parce que contrairement à un esprit humain, une IA qui fonctionne bien, tu peux la copier-coller. Et donc tu peux ne pas seulement en avoir une qui travaille pendant une heure ou une journée, tu peux en avoir un million. Et il y a Dario Amodei, qui est le patron d'Anthropic, la boîte qui édite l'IA Cloud, dont on parlait juste avant, qui a une expression qui a un peu fait date, il parle d'un pays de génie dans un data center. Pour lui, la super-intelligence, ce n'est pas...
Nicolas GuyonUn pays de génie, on a découvert un continent de génie dans un data center. Et cette phrase, moi, elle m'a choqué, je trouve qu'on n'en a pas encore assez parlé.
Flavien ChervetElle est dans Halo.
Nicolas GuyonElle est reprise un petit peu, mais elle est fondamentale.
Flavien ChervetOui, en fait, quand tu prends conscience de ça, tu dis OK, à partir du moment où on a un système d'IA, par exemple, qui a l'horizon temporel et la profondeur de vue pour amener des innovations scientifiques à peu près intéressantes, ça commence doucement à arriver avec les travaux de Sakana AI notamment, et puis avec tout ce que fait DeepMind sur le renforcement. Quand tu commences à mixer un peu ces ingrédients et que tu arrives à un système d'IA qui est capable de faire des découvertes, directement un million de systèmes d'IA capables de faire des découvertes.
Nicolas GuyonBien sûr.
Flavien ChervetDonc, tu ne gagnes pas un facteur fois deux sur la découverte scientifique. Tout d'un coup, tu as le potentiel d'avoir un facteur fois mille fois un million sur la découverte scientifique. Dario Amodei le dit comme ça. Est-ce qu'on est prêt à vivre une décennie où on fait autant de découvertes scientifiques qu'on a fait dans les 100 dernières années ? On a découvert l'ADN, on a construit la physique quantique, la relativité, l'arrivée de l'informatique, l'arrivée d'Internet. Je veux dire, il y a le nombre de découvertes sur le dernier siècle, l'atome, etc.
Nicolas GuyonFantastique, Flavien. On en a déjà parlé ici, merci de le rappeler, et donc on encourage évidemment tous les deux, tout le monde, à lire Machines of Loving Grace de Dario, dans lequel il décrit très très bien justement sa vision sur ce sujet, et tu as raison, en disant l'équivalent de 100 ans de progrès scientifique, On n'est pas prêts à ça, quoi.
Flavien ChervetLes institutions ne peuvent pas s'adapter aussi vite. Personne ne peut s'adapter aussi vite, en fait. C'est la première révolution dans notre histoire qui est à vitesse inhumaine. Et je pense que ça, c'est un facteur très, très important, au-delà de la.
Nicolas GuyonNature de cette région. À vitesse inhumaine, j'aime bien quand tu dis ça, parce que ça fait à la fois, tu vois, il y a le côté inhumain un peu flippant, et ça, on le sait, et de l'autre côté, oui, non, ce n'est pas humain, en effet, tout à fait.
Flavien ChervetEt au-delà de...
Nicolas GuyonL'intelligence que tu entends, on parle aussi d'une intelligence alienne.
Flavien ChervetOuais, moi j'aime bien dire intelligence numérique, parce qu'alienne, on a l'idée que ça vient de l'espace un peu. Je sais que c'est pas mal utilisé, mais j'aime bien dire intelligence numérique en fait. Ça évite d'utiliser le mot artificiel qui donne l'impression que c'est de l'artifice, que c'est du faux. Je crois qu'il faut commencer à sortir un peu de cette idée et se poser la question de ce qu'on appelle l'intelligence. Mais c'est un autre débat, un peu plus philo. Mais intelligence numérique, je trouve ça bien, ça marque la séparation.
Nicolas GuyonFlavien, on est déjà parti très loin dans le podcast, donc c'est génial. On est lancé. Juste avant, j'ai envie que tu reviennes un tout petit peu sur un sujet que tu avais mentionné dans ce très bon épisode des numériques, sur le fait d'être désabusé. Comment est-ce que certains de nos décideurs, nos dirigeants, nos chefs d'entreprise, des personnes les plus intelligentes peut-être autour de nous, ou en tout cas les mieux formés ou en situation de pouvoir, sont désabusés vis-à-vis de l'IA, ou depuis deux ans et demi, depuis que je l'ai répété, l'ont beaucoup été. Histoire qu'on fasse un peu bouger les consciences ici, tu vois.
Flavien ChervetOuais, j'aime bien dire qu'il y a deux écrans de fumée dans l'IA. Il y a un premier écran de fumée, c'est celui que nous vendent parfois un peu les médias, aussi les big tech, etc., qui joue un peu sur les fantasmes, les peurs, en racontant Enfin, une espèce de mythe de l'IA quasi-divine, de l'IA qui est un humain artificiel, etc. Et où on vient jouer vraiment sur un aspect mythologique et fantasmagorique. Et le grand public est confronté à ça. Donc, faire tomber ce premier écran de fumée, c'est être un peu désabusé par rapport à cet écran de fumée, sortir du fantasme, comprendre comment fonctionnent ces systèmes, voir ce qui se cache un peu dans la machine, les possibles et les impossibles de l'IA, etc. Mais une fois qu'on a passé ce premier écran de fumée, il ne faut pas s'arrêter là. Si on s'arrête là, en fait, on tombe dans un autre biais émotionnel qui est ce qu'on appelle des rassuristes. Des gens qui vont dire non, mais c'est que des maths. Oui, les maths, c'est l'abstraction, mais il y a du silicium, de l'information, de l'électricité qui traite. Il y a de la physique derrière. Les maths, c'est juste une abstraction.
Nicolas GuyonCe n'est pas du tout l'objet de ce podcast. On n'a pas parlé de Luc Julia, par exemple, sur le podcast ici. Mais par contre, quand je t'entends dire ça, il en fait partie, tu as raison, il en fait tout à fait partie. Je pense par exemple à Jacques Attali, qui s'est exprimé très souvent comme ça, en te disant c'est juste des probas, c'est juste des probas, c'est juste des probas.
L'autonomie des IA double tous les 6 mois
Flavien ChervetEn plus, tu regardes les neurosciences actuelles.
Nicolas GuyonEt c'est juste du causal, quoi, tu vois. Et c'était là.
Flavien ChervetTu regardes les travaux de Stanislas Déné, un des très grands chercheurs français sur les neurosciences, plus il avance dans ses recherches, plus ce qu'il démontre c'est que le cerveau est une machine statistique. Et la plupart des fonctionnements que de l'extérieur on a l'impression de voir comme magique du cerveau, quand t'arrives à les décortiquer tu te rends compte qu'il y a une logique statistique derrière. Et donc un jour peut-être qu'on aura une abstraction mathématique du cerveau, ça veut pas dire que le cerveau c'est que des maths, ça veut pas dire que c'est que des probas, etc. On sait l'efficacité des mathématiques à nous donner des abstractions sur le monde, il faut pas confondre l'abstraction et la réalité de ce que c'est. C'est une erreur de catégorie qu'un penseur du niveau d'Atali devrait pas faire. Julia, je ne dirais pas plus. Donc voilà, pour moi, ça c'est un autre écran de fumée. On commence à jouer sur une autre émotion qui est tout aussi irrationnelle qu'une peur fantasmagorique. C'est une espèce de sentiment de confort et d'être rassuré parce qu'on ne veut pas avoir peur. Donc c'est juste la réaction. Pour faire passer ce deuxième écran de fumée, il faut retrouver la capacité à s'émerveiller, mais à s'émerveiller rationnellement. Je crois que le merveilleux et le rationnel doivent, dans notre époque, énormément cohabiter. Il faut se rendre compte d'à quel point ces systèmes, par leur fonctionnement même, posent profondément la question de notre humanité. et sont en train de produire une révolution de civilisation complètement dingue et qu'il faut prendre au sérieux les questions d'intelligence artificielle générale, de superintelligence, pas comme des espèces de mythologies qui poussent à une espèce d'idéologie transhumaniste et accélérationniste un peu folle qui prendrait l'IA pour un dieu, comme on peut voir un courant comme ça dans la Silicon Valley, mais comme un Déjà un nouvel objet absolument transformateur pour notre civilisation qui va vraiment, enfin pour moi je le compare non pas à l'arrivée de l'électricité, c'est trop faible, je le compare à l'arrivée de la vie. C'est une nouvelle ère géologique qui s'ouvre avec l'intelligence artificielle selon moi. Donc, c'est à ce niveau-là qu'il faut placer la réflexion pour moi, si on veut penser rationnellement à ce qui est en train de se passer. Et puis, au-delà de l'objet IA, il y a la question du sujet IA. Et en fait, ça aussi, c'est un sujet qui commence à devoir être ouvert. Je ne dis pas du tout que les IA actuels, on doit leur accorder une dignité, etc. Mais sortir de l'orgueil humain et se dire pourquoi à un moment, on considérait que les personnes noires ou que les femmes n'étaient pas au même niveau que les hommes blancs. On sait les quelques petits problèmes que ça a posé dans notre histoire, et que ça pose toujours. Et puis bon, pour au moins une partie suffisante de la population dans nos pays, etc., petit à petit, la dignité s'est élargie. Aujourd'hui, la dignité s'élargit aussi aux animaux, avec un certain nombre de mouvements qui nous amènent à considérer que les animaux doivent être pris pour des êtres dignes. Peut-être qu'à un moment, la question se posera de la dignité de la machine, et ça aussi c'est une question qui est souvent vécue comme tabou, on parlera peut-être d'IA et d'amour, c'est lié aussi à ça, qui est vécue comme tabou, qui est très flippante, qui met à défaut énormément de nos catégories de pensée, qui chamboule, mais il faut avoir le courage de la poser et de la prendre frontalement. Je pense que ce deuxième écran de fumée, quand on le fait tomber, on se rend compte d'à quel point le sujet est aussi profond qu'on le pensait au début avec nos fantasmes, mais sans le fantasme, et donc on peut porter une réflexion rationnelle dessus. Il ne faut surtout pas rester juste entre les deux écrans de fumée.
Nicolas GuyonTout à fait d'accord. On arrête le désabusement. Je pense qu'il faut en finir avec ça. L'émerveillement dont tu parles est très important. On le constate dans la société aujourd'hui, chaque GPT, peut-être version 4.5, passe le test de Turing, tout le monde s'en fout, personne n'en parle, alors que c'est quelque chose qui a résisté depuis plus de 70 ans, en tout cas depuis sa conception. Et derrière, on n'en a même pas parlé.
Flavien ChervetEt tu remarqueras que tout le monde en parlait tant qu'on ne l'avait pas passé, justement, pour se rassurer. On avait un argument, on pouvait dire, regardez, ça ne passe pas le test de Turing, donc ce n'est pas intelligent. Maintenant que ça passe le test de Turing, il faut qu'on se trouve autre chose. Donc à un moment, c'était Arc Challenge. Bon, finalement, O3 a des capacités quasi humaines sur Arc Challenge. Ah, merde ! Et en fait, c'est une course en avant qui est trompeuse d'essayer de se dire que l'humain a quelque chose de plus que la matière, que l'humain a quelque chose de magique. Je crois qu'en fait, à un moment, il faut être humble et se dire, on est de la matière informée, on n'a rien de magique. Et donc, il est totalement crédible que des machines simulent à peu près tout ce qu'un humain peut faire. Ça ne veut pas du tout dire que c'est un humain artificiel, mais encore une fois, il n'y a rien de magique.
Nicolas GuyonBien sûr.
Flavien ChervetEt c'est de l'humilité, en fait. Et une fois qu'on a compris ça, on commence à voir tout le merveilleux que suppose le fait de créer ce type de machine. un énorme problème avec la façon dont on le crée dans le système capitaliste. C'est en train de créer des éléments d'inégalité, des bulles financières, etc., qui peuvent être tout à fait dramatiques. Mais à côté de ça, il ne faut pas non plus oublier de s'émerveiller. Il faut être critique sur la façon de le développer, mais il faut s'émerveiller sur ce que c'est.
Nicolas Guyon— On est d'accord. Et je pense que tous les deux, on a vu beaucoup de pseudo-experts aussi autour de nous, qui étaient sur ce sujet depuis plusieurs années, justement, et qui ont été très souvent blasés, désabusés, et ça c'est grave, en fait, pour le sentiment général.
Flavien Chervet— Ouais, je crois. En fait, ça empêche les prises de conscience, ça rassure là où il faudrait être intranquille pour... — Intranquille.
Nicolas GuyonJ'aime beaucoup ta notion d'intranquillité. Et c'est ce que disait Dario Amodei, dont on parlait un instant. Il disait qu'il faut arrêter, au niveau gouvernemental, au niveau des grandes entreprises, de sugar-coater. de surprotéger avec un manteau protecteur la population en leur disant il va rien se passer, parce que lui ce qu'il dit à ce moment là, c'est, son discours en tout cas, c'est potentiellement 50% de chômage chez les jeunes d'ici un à cinq ans. Donc bon, c'est pas très précis, mais dans tous les cas, c'est quelque chose de colossal.
50-75% de probabilite d'une IA generale d'ici 2027
Flavien ChervetComplètement. Et je sais pas si ça va arriver, mais on peut pas raisonner en se disant personne ne lit l'avenir, donc on prend pas en compte. Il a des raisons de dire ça qui sont crédibles.
Nicolas GuyonEt on l'a dit tout à l'heure, lui, il a le modèle sous la main. Tout à fait.
Flavien ChervetEt puis, il y a plein de scénarios très crédibles qui nous amènent à ça. Et donc, aujourd'hui, ne pas se poser la question. Même si la probabilité que 50% de chômage des jeunes arrivent était faible, c'est tellement drastique pour notre population que, surtout dans des pays qui ont fondé leur économie sur le tertiaire comme le nôtre, où ça va être encore plus brutal, Ne pas se poser cette question, ne pas la prendre à bras le corps, ne pas en faire un enjeu politique majeur, c'est en effet un enfantillage, on n'a pas le droit aujourd'hui.
Nicolas GuyonEt un scénario au minimum.
Flavien ChervetUn scénario qui est crédible, donc il faut travailler dessus.
Nicolas GuyonOn est d'accord, on est tout à fait d'accord sur Flavien. Alors revenons à une question qui arrive beaucoup plus tôt que normalement, qui est très importante. Quels sont les outils que toi tu utilises le plus en IA générative ? Je ne te demande pas une liste exhaustive parce que je sais que tu en utilises beaucoup. Qu'est-ce que tu utilises le plus ? Quel est ton outil favori ? Tu peux nous en mentionner quelques-uns. Et est-ce que tu as un conseil, une petite technique secrète sur un outil accessible, pas dev quoi, tu vois ce que je veux dire, que tout le monde qui s'intéresse à l'IA peut utiliser, à nous recommander ?
Flavien ChervetAlors, les outils que j'utilise, en effet, je ne vais pas faire une liste à l'après-vers, mais quelques-uns que j'utilise très souvent ou que j'aime particulièrement bien. J'utilise Chajipiti, Claude et Gemini, un peu selon les moments.
Nicolas GuyonComptes plus, tu payes ?
Flavien ChervetSur Claude et Chajipiti, des comptes payants. Gemini, je l'utilise surtout en gratuit.
Nicolas GuyonComme moi, très bien, parfait.
Flavien ChervetJ'utilise des fois aussi le chat, parce que j'essaie, quand je travaille avec des comités de direction, de leur parler de le chat, etc., et de les amener à considérer le chat comme solution pour des questions de souveraineté qui, pour moi, sont importantes. Mais il faudra s'être constaté au quotidien que c'est quand même un petit peu en dessous de ces autres solutions. par usage et nécessité d'usage, c'est plus rare d'utiliser le chat, même si j'aimerais bien l'utiliser plus. C'est ce que je disais aussi, c'est.
Nicolas GuyonCe que je dis aussi. Je l'ai utilisé récemment, tu vois, pour un client en formation où il y avait ces enjeux de souveraineté. En tout cas, j'ai été assez agréablement surpris de sa performance.
Flavien ChervetNon, non, ça reste un très bon outil. OK, donc nos modèles principaux, super. J'utilise aussi un peu du Open Router. que je trouve très bien pour aller taper sur des LLM gratuits et aller m'amuser à faire du comparatif. Mais c'est un peu plus geek ça. J'utilise beaucoup Meet Journey parce que je crée aussi beaucoup d'images et j'aime Meet Journey. Vraiment, j'ai un rapport émotionnel et la boîte que je trouve très intéressante, qui a zéro euro de valuation et qui est pour moi une des boîtes les plus transformatrices de liens créatifs qu'on a eu.
Nicolas GuyonZéro investisseur extérieur. C'est pour ça, c'est pour ça.
Flavien ChervetOfficiellement, leur valorisation est à zéro.
Nicolas GuyonIl n'y a jamais eu un tour de table de valorisation marquée.
Flavien ChervetC'est ça. Mais évidemment, si à un moment ils ouvrent, la valorisation va être haute. Ils sont très forts. Et puis, du coup, j'aime vraiment la qualité visuelle que ça permet. Ma BD Law, on l'a utilisé une journée dans une partie de la création. D'accord. J'utilise pour le code énormément Cursor.
Nicolas GuyonMoi aussi.
Flavien ChervetEt Claude Code. Mais en fait, j'ai commencé à utiliser Claude Code et vraiment, j'aimais tellement bien l'UX de Cursor. Et puis maintenant, Cursor avec Cloud 4.5 est tellement efficace que je suis en fait assez fortement revenu à Cursor.
Nicolas GuyonEh bien, tu vois, moi, je me permets de rebondir. Et là, je viens de me mettre Claude Code dans Cursor, tu vois.
Flavien ChervetQuand je l'utilisais, moi, j'étais plutôt en commande, et donc il faudrait que j'essaye un petit peu. Ça a l'air quand même canon. Ça m'arrive aussi d'utiliser un peu V0.
Nicolas GuyonEst-ce que, je me permets, sur Claude Code, tu as créé des agents, des sub-agents avec Claude Code ?
Flavien ChervetJe n'ai jamais eu le besoin sur les projets que j'ai faits, aussi parce qu'aujourd'hui, je ne code plus des projets où il y a vraiment de l'infra, et du coup, où j'ai beaucoup d'automatisation à faire. Maintenant, je code surtout des petits projets liés soit à mes projets créatifs, soit des trucs pour justement mon quotidien pro, etc. Mais donc, j'utilise aussi un peu V0, V0 que j'aime bien pour du prototypage sur de l'app, même si en ce moment, il y a Create Anything qui est sorti.
Nicolas GuyonJe ne connais pas.
Flavien ChervetC'est vrai ? Pour moi, c'est un des trucs vraiment, vraiment... Deux semaines après qu'il se soit créé, deux millions de revenus d'ARR, et 100 millions de valuation. Deux semaines. C'est la plus rapide des valuations de toute l'histoire.
Sakana AI et la recherche scientifique autonome
Nicolas GuyonTu vois, j'ai un petit trou dans ma raquette. En ce moment, je ne fais que du lovable. Je suis très surpris par ça. Je trouve ça extraordinaire.
Flavien ChervetLovable est génial. Create Anything, leur promesse par rapport aux autres. Tous les autres, c'est des outils de prototypage. Tu ne vas pas en prod avec. Create Anything, leur promesse, c'est de dire, on vous fait toute la stack, front-end, back-end, toute la sécurisation, le système de paiement, les systèmes d'authentification, c'est end-to-end, vous avez à la fin, sans avoir une ligne de code, une app que vous pouvez pousser sur l'App Store grade A.
Nicolas GuyonCe que Lovable propose depuis une semaine, dix jours avec Lovable Cloud, mais qui sont en train de déployer, donc ce n'était pas le projet initial.
Flavien ChervetOui, tout à fait. Ils vont se mettre à niveau, mais du coup, Create Anything ont été les premiers à pouvoir vraiment proposer un tunnel complet pour faire ça, que j'ai essayé. Franchement, c'est bluffant. Ça marche très, très bien. Même si, comme j'adore toute la stack Vercel, Next.js, etc. pour les geeks, j'aime beaucoup utiliser V0 parce que c'est dans la stack que je connais. Mais Create Anything, pour moi, c'est une des boîtes très intéressantes en ce moment. Ça, c'est ce que j'utilise.
Nicolas GuyonC'est pas mal.
Flavien ChervetParfois, mais c'est plus pour faire de la démo, des choses comme Gamma, etc., parce que c'est beaucoup demandé.
Nicolas GuyonMoi, j'ai arrêté Gamma. Genspark.
Flavien ChervetGenspark, moi, j'utilise à fond.
Nicolas GuyonSur les slides, il y a quand même un niveau au-dessus.
Flavien ChervetComplètement. Moi, j'adore Genspark. pour plein de choses. Pour ma BD justement, je veux aller voir tous les bédéistes, les librairies de BD de Paris un peu spécialisées. J'ai dit à James Park, tu me fais un Excel, tu me les mets tous avec leur adresse, leurs spécificités, dans un joli Excel. Il m'a fait toute ma lead qualification par rapport à ça. Il fait nickel. James Park, c'est très bien fait. J'aime beaucoup ce l'outil, je l'utilise beaucoup.
Nicolas GuyonIls sont forts. Merci beaucoup, Flavien, de nous partager tous ces outils. Tu vois, il y en a pas mal sur lesquels j'utilise les mêmes que toi. T'as quelques usages en plus. C'est hyper intéressant. Et il faut se tenir au courant de tout ça. C'est hyper important. Parce que, en effet, si tu utilises le mauvais outil sur un cas, par exemple, t'essayes de te faire de l'Excel, de créer un business plan dans ChatGPT ou dans Copilot, En fait, malheureusement, tu passes complètement à côté. Tu fais ça dans Cloud, ça va être extraordinaire. Ou dans Genespark, tout à fait.
Flavien ChervetUn autre outil que j'ajoute, parce qu'en ce moment, il est en train de complètement me retourner le cerveau, et je pense que ça va changer une grosse partie de mes processus de création, c'est Weavy.
Nicolas GuyonOui, alors on en parle, on en parle, des copains du comptoir IA, du Meetup, travaillent pas mal dessus, sur cette approche un peu nodale, c'est ça, sur la génération d'images ?
Flavien ChervetUne approche par workflow, c'est pas que génération d'images, c'est toute la partie créa en fait, musique, vidéo, tout ce que tu veux, tu branches toutes les autres IA que tu veux. Et t'as vraiment une logique de workflow qui permet, en fait, et là c'est pour la série d'animation sur laquelle on travaille, on commence beaucoup à l'utiliser, ce qui est absolument génial c'est qu'en fait à partir d'une intention de prompt, tu peux avoir tout un workflow qui te définit par exemple toutes les caractéristiques d'une scène, tous les plans différents, te génère le tout. Et ensuite, si tu veux changer quelque chose, c'est complètement procédural. Donc tu changes un mot dans ton prompt initial, et paf, dans six scènes dans ton animation, le truc change. Et tu te retrouves avec l'objet qui est différent, le personnage qui est différent, dans six scènes d'un coup, qui sont à des endroits différents de...
Nicolas GuyonMerci de nous expliquer ça, Flavien, parce que je t'avoue que je ne l'avais pas bien compris. C'est vraiment ça l'intérêt.
Flavien ChervetMoi, pour l'instant, c'est ça que je vois.
Nicolas GuyonDéjà, ça me va bien. Tu veux faire une modif, donc tu as six scènes différentes, six images différentes, il peut y avoir des vidéos aussi, j'imagine, dedans. Tu fais une modif, tu peux la retrouver du début à la fin sans avoir à tout reprendre.
Flavien ChervetC'est ça. Tout d'un coup, par exemple, ton épisode d'animation, il est... Il est représenté par tout un workflow. Et tu as juste à toucher ce workflow et tu as ta série d'animations qui se modifient. Donc déjà, tu as un outil d'édition complètement différent de ce que tu avais avant, qui est dingue. Et en effet, tu peux faire en sorte, si tu gères bien ton workflow, qu'une modification dans un prompt se répercute à différents endroits de ton épisode pour faire plein de modifs différents. Et là, le temps, c'est complètement dingue. Le temps que tu gagnes, c'est un truc de malade. C'est une autre façon de penser la création, où ton projet de création devient un vrai workflow procédural, où tu as toute la puissance du procédural par rapport au workflow traditionnel où tu étais un peu bloqué par le linéaire de ce que l'humain peut faire bout après bout.
DeepMind et les 280 000 materiaux synthetisables
Nicolas GuyonSuper intéressant. Merci Flavien. Maintenant je te propose, on va partir sur quelques autres sujets, et je pense qu'un bon angle c'est un petit peu le Dev Day de OpenAI récemment, parce que Sam Altman et Greg Rockman de OpenAI ont repris un peu la parole sur cet événement, pour faire pas mal d'annonces, et ça faisait longtemps que je ne les avais pas entendues avec une vision différente, et je trouve ça très intéressant. Donc Sam Altman, il nous a reparlé un petit peu du deep learning, de sa surprise sur le deep learning. Je sais que c'est un sujet aussi, on en a souvent parlé. Le miracle du deep learning continue à pousser, le miracle du raisonnement ensuite qui arrive par la suite. Et en fait, malgré tout ce qu'on nous a dit sur les plateaux, le plateau sur le fait d'arriver à une saturation, aujourd'hui, on est toujours surpris par ses progrès.
Flavien ChervetOui, mais enfin, Cette espèce de bitter lesson, de leçon amère de l'IA, qu'il vaut mieux fonctionner comme des ingénieurs que comme la nature. La nature, elle a fonctionné sous contrainte, elle a créé l'intelligence humaine sous grandes contraintes énergétiques et donc elle a fait quelque chose de magnifiquement efficient. C'est une subtilité incroyable, un cerveau humain avec quelques watts déploie une intelligence complètement dingue. Tout comme un oiseau qui vole, il le fait de façon très, très, très efficiente. Nous, on a fait des avions qui ne battent pas des ailes, on a fait des avions qui crament du kérosène à fond, qui par contre peuvent aller beaucoup plus loin, beaucoup plus vite, et on peut mettre des gens dedans, etc. Parce qu'on a raisonné comme des ingénieurs, parce qu'on est capable de mettre beaucoup plus d'énergie dans un système et qu'on veut craquer des usages très différents. Et on est en train de faire pareil avec l'intelligence. On ne crée pas de l'intelligence humaine, on crée de l'intelligence artificielle comme des ingénieurs. C'est beaucoup plus bourrin. On le voit avec les puissances énergétiques. associer le nombre de puces dont on a besoin, etc. Enfin, toute l'infra qui est nécessaire pour faire de l'IA sérieuse aujourd'hui. Hyperion. Hyperion de Zuckerberg.
Nicolas GuyonEst-ce que tu utilises tout le temps le préfixe hyper et nos auditeurs pourront reconnaître, retrouver tes différents ouvrages là-dessus. Hyperion, pour rappel, de Zuckerberg, qui sera terminé d'être livré à priori en 2030, qui fait un datacenter de la taille de Manhattan. Je ne sais pas si c'est un datacenter de la taille de Manhattan.
Flavien ChervetC'est complètement dingue. Et c'est carrément problématique aussi dans un monde sous contrainte énergétique et avec des problématiques écologiques. Mais bon, on pourrait en parler, c'est un autre sujet. En tout cas, voilà, il y a... cette espèce de leçon amère qu'il vaut mieux travailler comme des ingénieurs qui optimisons que comme des bons scientifiques qui trouvons les lois les plus subtiles de l'intelligence. Pour l'instant, c'est à chaque fois ce qui a marché. Alors, le raisonnement a été un vrai miracle, en effet, que ça marche aussi bien, que ça permette de débloquer autant de capacités dans les LLM, que ça leur permette même de s'adapter à la nouveauté, ce qu'a montré la victoire d'O3 sur ARK, enfin voilà, la réussite. Ce qu'on ne s'attendait pas du tout à avoir, on pensait plutôt que c'était des énormes machines de mémorisation. Non, c'est capable de manipuler cette mémorisation pour en faire quelque chose de neuf on the fly. Mais je pense quand même que là, on va avoir pour moi la prochaine grosse étape. une grosse partie de la recherche qui travaille là-dessus, c'est, on peut l'appeler de deux façons, la mémoire, vraie mémoire, c'est-à-dire pas juste une mémoire à côté du modèle du réseau de neurones que le réseau de neurones appelle, mais une mémoire intégrée, c'est-à-dire le réseau de neurones qui se modifie, ce qu'on appelle des fois aussi le continuous learning, l'apprentissage continu. Il y a des choses comme les liquid neural networks, des choses comme ça qui commencent à apparaître, où l'idée c'est ça, c'est que ton réseau de neurones est capable de se modifier, non pas seulement quand tu l'entraînes au début, Et après, quand tu l'utilises, il reste complètement statique comme on les a aujourd'hui, mais où il continue à évoluer tout au long de sa vie numérique, si on peut l'appeler comme ça. Donc, il se spécifie en fonction de l'usage, de l'utilisateur, du problème du moment, il s'améliore dans le temps, etc. Donc.
Nicolas GuyonUn apprentissage constant du modèle.
Flavien ChervetEt là déjà, je pense qu'en termes de performance, ça va nous amener encore beaucoup plus loin, mais surtout, ça va commencer à donner au système d'IA une histoire. Deux systèmes d'IA qui auront vécu volontairement au contact d'utilisateurs différents, auront fait évoluer leur réseau de neurones différemment, et donc on se retrouvera avec des modèles qui auront une singularité. Ce ne sera plus juste des copies les uns des autres. Et là, ça pose des questions énormes. Tout d'un coup, ça devient des objets historiques, des objets qui ont une histoire, qui ont un certain point de vue, même si c'est pas du tout, encore une fois, un point de vue humain, mais qui se singularisent. Donc, pour moi, c'est un moment philosophique aussi fort dans l'histoire de l'IA. C'est le moment où on va commencer à se poser la question, est-ce que ça reste que un outil ou est-ce qu'il y a d'autres enjeux plus profonds qui émergent ?
Nicolas GuyonOui, parce que là, tu finis par parler un peu d'une identité quasiment, en tirant encore un peu le trait sur une personnalité.
Flavien ChervetOn en parle depuis longtemps, c'est tout le champ de l'IA développementale, qui n'est pas du tout connu au niveau des LLM et de toute l'approche connexionniste. L'IA développementale, c'est une IA au départ faite pour la robotique, où en effet, le système de l'IA se développe en fonction de son historique d'interaction avec un environnement et développe, les chercheurs appellent ça comme ça, une personnalité. Et jusqu'à maintenant, c'était micro-truc de la recherche, je m'attends à ce qu'il y ait plein d'idées de l'IA développementale, comme aujourd'hui on a toutes les idées du renforcement qui viennent être ajoutées à l'approche LLM et autorégressive, je m'attends à ce qu'on ait plein d'idées de l'IA développementale, qui sont même des idées beaucoup plus anciennes, mais qui viennent être intégrées pour nous donner des cadres conceptuels pour penser les IAs de demain qui auront de la mémoire. C'est un superbe...
Nicolas GuyonPassionnant, passionnant ce sujet de la mémoire, Flavien. Dans les autres annonces, donc les autres chantiers, un petit peu, notamment OpenAI, moi je suis très intéressé par la roadmap OpenAI. Anthropique dicte aussi peut-être un peu celle des entreprises, mais c'est quand même très important. Alors, vous m'en parlez, Sora 2, l'application la plus téléchargée au monde en une semaine, c'est extraordinaire. OpenAI montre à nouveau qu'ils sont capables de faire le buzz avec une application. Ça cartonne, moi je l'utilise énormément, ça change plein de trucs. J'ai fait des dizaines de campagnes créatives, des dizaines de pubs fictives pour des marques en quelques dizaines de minutes juste à partir d'une photo produit.
Flavien ChervetC'est fou. C'est du délire.
L'IA comme agent decisionnel vs outil passif
Nicolas GuyonEt de l'autre côté, au même moment, on a le DFD d'OpenAI qui nous annonce les applications, les apps. C'est la troisième fois qu'ils tentent les apps. Est-ce que ça va marcher cette fois-ci ? Et on en parlait juste avant, les agents, une solution agentique en tout cas de workflow d'OpenAI, et on l'a testé tous les deux. Franchement, c'est pas du tout dingo, quoi. J'ai fait un tweet en l'annonçant parce qu'il y avait un truc qui avait leaké le matin même. Mon tweet, mon post, il a explosé. Alors que tu vois, je ne m'y attendais pas, je voulais juste rediffuser un petit peu, partager ce dont j'avais entendu parler. Ça a explosé, ça veut dire que ça a intéressé tout le monde. J'avais dit dans ce post, si ça sort et que c'est top, je vais l'utiliser, je vais me former là-dessus à fond, je veux y aller. Bah écoute, j'ai suivi mon truc, je l'ai utilisé, toi aussi. J'étais là, waouh, c'est nul !
Flavien ChervetEn fait, je ne sais pas si c'est nul pour deux raisons. C'est très déceptif quand on a l'habitude d'utiliser des outils assez poussés comme NUITEN, etc. et de faire des automatisations, de l'agent TIG un peu poussé. Mais pour... L'utilisateur de ChatGPT basique qui ne fait pas de l'agent Geek pour l'instant, c'est un premier pas qui est plutôt user-friendly, qui reste dans l'environnement qu'il connaît et donc qui va lui mettre le pied à l'étrier.
Nicolas GuyonC'est un peu simplifié aussi dans l'approche. C'est facile à prendre en main. Assez facile à prendre en main. Même si j'aurais bien aimé pouvoir prompter, tu vois, et qu'il y ait un workflow qui se mette en place.
Flavien ChervetC'est arrivé qu'il y ait un agent qui manipule le JSON de l'application. Je pense que ça devrait arriver. comme Mayk l'a fait, comme Nuiten l'a fait, etc. Mais pour l'instant, je suis d'accord que c'est ultra déceptif pour des utilisateurs comme nous. Par contre, on va voir comment ils l'améliorent. Mais c'est aussi la stratégie d'OpenAI. Ils essayent plein de trucs en les annonçant en grande pompe parce que ça fait du buzz et c'est toujours bon pour eux. Et puis, si ça ne prend pas, ils le laissent mourir. De toute façon, ils sortent tellement de nouveaux trucs régulièrement qu'on oublie rapidement.
Nicolas GuyonOn l'avait vu avec Operator. On l'avait vu avec ChatGPT Agent. C'est des trucs qui n'ont jamais fonctionné, mais ils ont communiqué dessus, ils ont pris la main dessus.
Flavien ChervetEt puis en même temps, ça leur permet d'avoir des gens qui explorent ces usages quand même, de récupérer de la donnée, de se poser des bonnes questions, d'explorer le marché. Et le moment où il y a une maturité, par exemple, pour moi, les apps, c'est le moment de la maturité parce que les modèles d'IA deviennent de plus en plus capables d'avoir des chaînes agentiques, comme Cloud 4.5, comme ChatGPT 5, quand tu le mets en mode thinking, ils sont capables de plus en plus de manipuler plein d'outils et de travailler longtemps. Et donc, c'est le moment où tout d'un coup, connecter des apps dans le chat devient pertinent, alors qu'avant, via les plugins inutiles, via des GPTs très limités, etc.
Nicolas GuyonEn plus de ça, tu commences à avoir un trafic important, 800 millions d'utilisateurs sur lesquels ils peuvent capitaliser, potentiellement la possibilité de toucher une commission, en tout cas sur l'utilisation de Tournapre grâce au check-out qui a été mis en place avec Stripe.
Flavien ChervetMaintenant, MCP est mature, donc ça permet quand même de facilement connecter des apps. En fait, ce qui est intéressant avec leur stratégie OpenAI pour moi, c'est qu'ils s'en foutent du time to market, parce que le market n'existe pas. Ils n'ont pas besoin d'avoir un time to market. Ils ont besoin d'explorer plein de pistes, de les explorer à répétition. On fait d'abord les plugins, on fait ensuite les GPTs. Ça ne marche pas deux fois, ce n'est pas grave. De toute façon, on a notre roadmap sur le modèle qui, elle, avance comme il faut. Et puis, à un moment, troisième essai, et là les éléments sont présents pour qu'à mon avis ça prenne et peut-être que ça prendra pas et que ce sera un quatrième essai. Mais ils ne cherchent pas tout le temps le time to market parce qu'ils construisent le marché et donc ils sont en train d'expérimenter, d'acclimater et puis à un moment il y a toutes les briques qui vont bien pour que ça marche. C'est une stratégie qui est originale, il faut avoir un marché qui avance extrêmement vite, avoir un business model qui est centré sur de la deep tech pour eux, sur le modèle et sur l'API, etc. Et ça permet en fait, autour, d'explorer énormément sur la partie plateforme et de créer les usages sur la partie plateforme.
Nicolas GuyonBien sûr.
Flavien ChervetDonc, ils ont cette chance, on va dire, de pouvoir faire ça, de ne pas avoir tant besoin du time to market que d'autres boîtes.
Nicolas GuyonAu même moment, Sam Altman recommunique aussi un petit peu sur la notion d'AGI. Et il dit, entre les lignes, quand on écoute les podcasts américains avec Andriessen Horowitz et tout ça, que, grosso modo, on y est ou on est en train d'y arriver. Il parlait de milliers de jours il y a quelques temps. Je pense qu'on peut se dire qu'on est plutôt, en tout cas, en centaines de jours. Comment tu vois ça, toi, cher Flavien ?
Flavien ChervetIl y a plusieurs façons de voir ça, ça dépend un peu de la définition qu'on a de l'AGI. Moi j'aime bien, pour l'AGI et l'IA général, en parler d'un point de vue soit carrément philosophique, une IA qui reproduit l'intelligence humaine, une déclinaison très intéressante, mais c'est moins le sujet qui nous intéresse ici. Pour moi, par rapport aux annonces d'OpenAI, c'est l'IA générale au sens d'une IA qui est capable de réaliser à peu près toutes les tâches cognitives qu'un humain peut réaliser, potentiellement très différemment d'un humain, potentiellement avec beaucoup plus de puissance de calcul qu'un humain. mais qui est capable du coup d'avoir les mêmes résultats productifs. Et donc, la première question que ça pose, c'est une question évidemment sur le monde du travail et de l'emploi, d'abord cognitif et ensuite avec la robotique physique aussi. Mais j'aime bien associer la question de l'IA général au monde du travail. Là où la question de la superintelligence, si on en parlait un petit peu, je l'aime bien l'associer à la question de la science et de la découverte scientifique. Pour moi, l'IA général, le fait que Quand on regarde les lois d'échelle de l'IA, qui sont un peu l'équivalent des lois de Moore pour la performance des IA, si on veut le faire très simple, c'est des lois empiriques. Elles ne disent pas l'avenir, elles regardent ce qui s'est passé dans le passé. Mais si les courbes continuent à se maintenir, et pour l'instant, force est de constater qu'elles continuent, ça fait un moment que la date de l'AEI, c'est autour 2027. Et donc on est à peu près dans ces horizons. Et si tu me dis quelques centaines de jours, ben disons 600 jours, c'est dans deux ans. On est en fin 2027, qu'on ait des systèmes directs capables de faire au moins une très grande partie de ce que les humains sont capables de faire avec des choses que l'humain est absolument incapable de faire, qu'ils sont capables de faire, puis quelques petites choses que l'humain fait qu'ils ne sont pas capables de faire, mais quand même un gros gros overlap. d'ici 2027, moi je mettrais plus de 50% de chance que ce soit le cas, je pourrais même monter autour de 70-75% de chance que ce soit le cas. Et on n'est pas prêt.
Weavy et le workflow procedural en creation video
Nicolas GuyonIncroyable, on n'est pas prêt. Ils commencent à parler de GPT-6, GPT-7. Il y en a qui ont une définition de l'FGI où ils te disent aussi c'est le moment où l'IA peut faire en autonomie plus de 80% de toutes les tâches professionnelles, humaines, en tout cas dans les services.
Flavien ChervetC'est assez proche de ma définition.
Nicolas GuyonJe pense que par rapport à ce que tu viens de dire...
Flavien ChervetOn met un chiffre en plus, ça donne un indicateur un peu plus précis, mais on va dire que c'est dans le même type de définition. C'est une définition pragmatique qui ne pose pas la question de l'essence de l'intelligence, mais de ses résultats.
Nicolas GuyonÇa nous a amené donc, Flavien, au travail, à l'emploi. On n'est pas prêts, je pense que c'est important qu'on en parle. Sam Altman, il parle de ça en ce moment, suite à ses annonces, et on reprend souvent avec lui l'exemple du fermier. Si tu dis à un fermier, il y a 50 ans ou 70 ans, que grosso modo, il y a quelque chose qui s'appelle Internet, et qui va créer un milliard de jobs, plusieurs milliards de jobs, le fermier dans les années 50, et j'ai même pas besoin de remonter jusqu'à 1900 précisément pour ça, où 80... 50% de la population active, voire plus, était donc dans les fermes, dans l'activité agricole, Le fermier, il y a 70 ans, tu lui parles d'Internet, de nos professions, de nos métiers, de ton métier de prospectiviste, d'écrivain, de moi en tant que podcasteur ou formateur, conférencier, tout ce que tu veux. De tous ceux qui nous écoutent, le fermier, il te dit, c'est pas un job en fait, c'est pas un métier. Moi, je nourris des gens et je fais un travail manuel, physique, quelque chose de sérieux. Là, il se passe à nouveau quelque chose comme ça. Sauf qu'avec Internet, on a créé quand même plein de nouveaux jobs en 50, 70 ans. Là, cette fois-ci, en fait, on risque d'avoir une machine qui remplace, qui fait les jobs existants. Après, il va certainement y avoir une création de nouveaux jobs en plus. Je pense que là-dessus, on peut s'attendre à... On va toujours vouloir s'occuper, mais les emplois qu'on fait aujourd'hui risquent quand même d'être très challengés, comme on vient de le dire.
Flavien ChervetOui, et puis l'intelligence artificielle, certes, c'est une technologie à usage général, une technologie infrastructure comme l'ont été d'autres technologies infrastructures, l'électricité ou l'arrivée d'Internet, mais celle-ci a quand même quelque chose de très spécial. L'électricité ou Internet, c'est des technologies amorphes, c'est-à-dire que c'est nous qui les utilisons, qui les déployons, et donc on peut avec ça automatiser certains jobs, mais ça reste restreint.
Nicolas GuyonÇa reste un outil.
Flavien ChervetÇa reste purement un outil. Il n'y a aucune généralité de prise de décision dans l'outil.
Nicolas GuyonCe que dit Harry de Sapiens, c'est que l'IA n'est pas un outil. C'est plus que ça. C'est un agent. Est-ce qu'il y a des outils qui sont capables de réfléchir, de prendre des décisions par eux-mêmes ? Il n'y en a pas.
Flavien ChervetÇa n'a rien à voir. Et là aussi, c'est un discours rassuriste de dire oui, on a déjà vécu des grosses révolutions. J'aime bien, il y a une économiste qui travaille beaucoup sur le sujet IA. Très souvent, les économistes aiment comparer à ce qui s'est passé dans le passé parce que c'est le seul référentiel scientifique qu'ils aient.
Nicolas GuyonIls sont très bons pour faire des prédictions sur le passé.
Flavien ChervetExactement. Qui ne concernent pas l'avenir.
Nicolas GuyonJe les cherche sur le podcast, les économistes.
Flavien ChervetJ'ai beaucoup de mal à en faire venir. Alors, je pourrais te donner le nom d'une économiste. qui est vraiment très bien. J'ai plus son nom en tête malheureusement, mais je le retrouverai et je te le donnerai. Je connais où je peux le retrouver. Il y a un podcast qu'il y a donné qui est très bien. Et elle, elle prend au sérieux tout ça. Elle dit elle-même, moi mon travail d'économiste, j'ai déjà fait un agent IA qui fait un travail presque aussi bien. Et je pense que dans trois ans, une IA fera mieux que moi pour faire de la recherche en économie. C'est pas mal pour une économiste de.
Nicolas GuyonSe dire ça, quoi. Franchement, elle est la bienvenue ici parce que c'est très intéressant et c'est très honnête.
Flavien ChervetEt elle parle de l'arrivée, de l'impact sur le travail, etc. de l'IA très bien. En effet, ce n'est pas du tout pareil que les autres évolutions tech parce que là, tous les nouveaux métiers que ça va créer, la première chose qu'on va regarder, c'est comment l'IA peut le faire. Et comme le deep learning peut tout apprendre, sa propriété fondamentale, les nouveaux jobs qu'on va inventer, l'IA va les apprendre en fait. Automatiser l'intelligence, c'est automatiser la création de valeur. J'aime bien le dire comme ça. Toutes les autres technologies, elles étaient en train d'automatiser certaines petites parties de la création de valeur et puis on en ouvre d'autres. Là, on automatise le principe de création de valeur même. Donc, je pense qu'à court terme, en effet, on n'est pas du tout prêt à ce qui s'en vient et on n'a pas du tout pris conscience de la profondeur, de l'impact que ça va avoir sur l'emploi, même déjà dans les trois ou quatre prochaines années. à moyen terme, à un horizon dix ans, par là, j'ai pas l'avenir du tout, mais c'est mon feeling de dire environ dix ans, c'est du pur feeling, je pense qu'on a une question beaucoup plus profonde, beaucoup plus philosophique et anthropologique à se poser sur ce que c'est le travail, qu'est-ce que c'est être en activité dans une société d'humains quand on a des machines qui sont plus performantes pour produire que nous, et que l'humain dans le travail productif est plutôt un frein, un goulot d'étranglement qu'un apport.
Nicolas GuyonKen's l'économiste, un économiste, John Maynard Ken's, disait en 1930, en 2030, on travaillera 15 jours par semaine. 15 heures par semaine, pardon.
Flavien ChervetPas sympa Ken.
La reflexion politique sur la redistribution
Nicolas GuyonJe suis trop fatigué. On travaillera 15 heures par semaine. Et ça, on va y arriver. Mais je pense qu'à ce moment-là, il faut se poser des questions sur un nouveau contrat social.
Flavien ChervetComplètement. Pour moi aujourd'hui, un politicien qui n'envisage pas dans ses réflexions politiques la question de la redistribution universelle, qui peut prendre plein de formes, il y a le revenu universel, c'est une chose, moi je crois beaucoup plus à la redistribution de la propriété des modèles, des systèmes médias, donc en faire des communs, ce qui est très difficile à mettre en œuvre, mais bon, c'est la piste que j'ai envie d'explorer. Quelqu'un, enfin voilà, un politique qui ne se pose pas les questions de redistribution universelle, et je pense qu'il rate ce qui sera dans son mandat. C'est-à-dire que s'il a un mandat de 5 ans, à peu près à n'importe quel niveau, dans ce mandat-là, ça va devenir des questions pressantes.
Nicolas GuyonJ'ai l'impression qu'on est un peu fous tous les deux, Flavien, et nos auditeurs aussi, parce qu'aujourd'hui, on parle de quoi ? On parle de retraite, en fait.
Flavien ChervetMais c'est pareil, par rapport à ce qui est en train de se passer.
Nicolas GuyonSi on projette la retraite par rapport à toi, à moi, on est à 30 ans, Tu viens de nous parler d'un nouveau contrat social, moi aussi il y a 10 ans, donc en vrai c'est...
Flavien ChervetPour moi, c'est des discussions qui sont absurdes. Je suis désolé de le dire comme ça, je mets les pieds dans le plat.
Nicolas GuyonMais tu sais, je pense qu'en fait, c'est travailler sur un sujet qui n'existera plus dans 30 ans.
Flavien ChervetÀ la limite, pour ceux qui seront à la retraite dans les trois prochaines années, c'est important.
Nicolas GuyonQui ne ressemblera plus à ça.
Flavien ChervetPar rapport à la population globale, le nombre de personnes qui seront à la retraite dans les trois prochaines années, ce n'est pas représentatif de la population. Tu ne construis pas une politique sur, je ne sais pas combien, mais peut-être 3, 4, 5 % de la population, même pas. Pour les jeunes, c'est ultra inégal, c'est ultra injuste pour les jeunes actuellement. On sait en France quand même que les retraités, d'une part, possèdent le capital parce qu'ils l'ont construit pendant toute leur vie, donc la plus grosse partie du capital est chez les personnes âgées que chez les personnes jeunes, ça c'est logique. Je le respecte totalement. Mais aujourd'hui, dans notre système de retraite, ils possèdent aussi les revenus. Ils ne possèdent pas que le capital, ils possèdent les revenus. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, les personnes retraitées globalement en France touchent plus que les personnes actives.
Nicolas GuyonIl y a un livre qui est sorti là-dessus de Fouché, il me semble, en finir avec le travail qui ne paie plus.
Flavien ChervetJe ne l'ai pas lu, mais j'ai vu qu'il y avait un livre.
Nicolas GuyonJe l'ai lu et c'est exactement ça. C'est un pavé dans la main et c'est très important. Ça veut dire qu'il y a un problème qu'on n'a jamais connu depuis plusieurs centaines d'années. Tu travailles et tu gagnes moins que si tu es rentier ou si tu es retraité. Et tu ne peux pas progresser.
Flavien ChervetPour les jeunes, qui en effet connaîtront en plus pas la retraite, Pour moi, au-delà de se dire est-ce que économiquement c'est viable ou pas, au-delà même de la réflexion sur l'arrivée de systèmes d'IA généraux et d'un nouveau contrat social, juste quand on prend conscience de ça, l'injustice que ça représente pour les jeunes, ça ne devrait pas être acceptable dans une société démocratique.
Nicolas GuyonTout à fait d'accord. Je pense que c'est une injustice et je pense que c'est un mensonge, tu vois, d'une certaine manière. Enfin, un mensonge ou en tout cas une espèce de mission. Espérons qu'on sera sauvés peut-être par des robots.
Flavien ChervetJe ne sais pas si c'est la solution, mais peut-être.
Nicolas GuyonFlavien, j'ai deux sujets que je veux qu'on aborde rapidement et il nous reste quelques minutes. Deux sujets importants. La science. Je sais que toi tu as aussi, tu viens de le dire, et je pense que c'est très intéressant, très juste, la super-intelligence à la science. Sam Altman disait, encore une fois, on a quand même pas mal de petits frémissements avec Terence Tao, le plus grand mathématicien contemporain, qui dit, cette fois-ci, il disait que l'IA l'avait assistée, avait fait l'équivalent d'un travail d'assistant, cette fois-ci, il dit que l'IA lui a permis sur maths... Comment ça s'appelle ? MathOverFlow. MathFlow, de résoudre en tout cas un problème mathématique. Cette fois-ci, c'est bien qu'il a résolu pour lui.
Flavien ChervetOui, mais aussi parce que le problème mathématique demandait une preuve extrêmement, extrêmement longue et parallélisable.
Nicolas GuyonEt donc, il a fait bosser plein d'idées.
Flavien ChervetLà où il aurait dû faire bosser des centaines d'humains pour faire chacun les morceaux de la preuve.
Nicolas GuyonMais ce qu'il dit, en tout cas, son discours a évolué par rapport à il y a six mois, où il disait, ça pourrait être un assistant intéressant. Là, il dit, ça m'a aidé.
Flavien ChervetÇa fait des maths. Oui, complètement. Et là aussi, pareil que cet économiste dont je parlais, je pense qu'un scientifique honnête aujourd'hui qui vraiment triture de l'IA de bon niveau, qui se rend compte que le travail du scientifique et la créativité scientifique sont challengés par l'IA. Moi j'aime bien voir les choses avec deux pans. Il y a ce qu'apportent les LLM, une capacité à travailler en autonomie sur des projets de science, à simuler tout le processus de la science, comme le fait par exemple The AI Scientist qui est l'IA de Sakana AI. Et la version 2 qui est sortie en février est la première IA qui a produit en toute autonomie un papier de recherche qui a passé la phase de peer review. Donc, il a été accepté pour publication. Ils ne l'ont pas publié parce qu'après, ils ont dit que c'était de l'IA et donc ils ont décidé de ne pas le publier. Mais à l'aveugle, les validateurs ont dit que c'est un papier qui a sa place dans une revue scientifique. C'était un papier sur de la recherche. Et là, Sakanaïa automatise, fait tout le processus en faisant une revue de la littérature sur un sujet, en choisissant son hypothèse et ses hypothèses de travail, en produisant des expériences pour infirmer ou corroborer ces hypothèses, en exécutant ces expériences, parce que c'est de l'IA donc c'est du code, en regardant les résultats, en écrivant des papiers de recherche et en recommençant.
Nicolas GuyonAu début, on croyait que c'était un peu une blague. En fait, c'est beaucoup plus que ça, c'est un sacanage.
La BD Helo : fusion IA et creativite humaine
Flavien ChervetComplètement. Sacanage, c'est une voie très intéressante. Et même si eux, pour l'instant, ça ne fait que de la recherche assez superficielle, même ce qui a été accepté pour publication, ça reste un résultat superficiel, ils automatisent ce processus. En parallèle, tu regardes les travaux de DeepMind qui, sont de plus en plus forts pour faire des systèmes EDEA qui arrivent à faire des deep dives dans le réel, des plongeons, grâce notamment aux techniques de renforcement pour aller explorer de façon très exhaustive un type d'environnement, par exemple la synthèse de matériaux, et pour faire des découvertes de nouveaux matériaux. C'était le système Diagnome qui découvre 3 millions ou 2 millions d'eux de matériaux dont 280 000 qui sont synthétisables avec des usages potentiels. C'est l'équivalent de plus de 800 ans de recherche de tous les chercheurs en matériaux. Donc tu as ce type d'approche et quand tu mixes, quand tu commences à mixer l'approche agentique LLM avec énormément de contexte, avec un côté autonome à faire de la recherche et au moment clé des hypothèses, aller faire des plongeons dans le réel pour explorer au-delà de ce que l'humanité sait. Pour moi, tu as les deux ingrédients d'un espèce de nouveau télescope pour explorer le réel avec une efficacité potentiellement dramatique dans tous les sens du terme et la capacité à faire des découvertes en autonomie de plus en plus profondes, de plus en plus en rupture.
Nicolas GuyonJ'adore ta notion de télescope, je pense que c'est une super image.
Flavien ChervetVoilà, le télescope nous a ouvert l'infiniment grand, le microscope nous a ouvert l'infiniment petit. J'aime bien dire que l'IA va devenir un nouveau diposcope, va nous ouvrir les voies de l'infiniment complexe. Toutes les sciences de la complexité, les sciences du vivant, les sciences des matériaux, etc., vont être beaucoup plus lisibles grâce à ça. Mais ça pose quand même une question, c'est que ces systèmes étant souvent des boîtes noires, ils vont nous amener des résultats qu'on ne comprendra pas toujours. On va avoir des connaissances sans compréhension. Et ça, c'est un nouveau statut épistémologique qu'on ne connaît pas. Il pourrait nous amener à avoir des technologies dont personne dans le monde est capable de retracer le chemin de fonctionnement.
Nicolas GuyonEt c'est l'exemple du move divin au jeu de Go, le move 37 entre les siddles, un coup qu'on ne comprend pas mais qu'on étudie maintenant depuis dix ans presque.
Flavien ChervetCarrément, et pour moi c'est ce coup-là, le 37e coup, le moment où La pierre est posée sur le plateau, je crois qu'il est 13h42, c'est écrit dans mon premier bouquin. Comme je raconte cette histoire, je suis allé voir le début de la partie, j'ai regardé la durée, etc. Et ce moment-là, ce petit tac sur le plateau, pour moi, c'est un moment historique. C'est le moment où l'IA rentre dans le monde de la création.
Nicolas GuyonEt c'est là qu'on te dit, et je suis d'accord avec toi, et c'est là que pour moi la notion de l'IA est-elle juste un perroquet stochastique n'existe plus.
Flavien ChervetComplètement.
Nicolas GuyonMagnifique. Flavien, je me permets, dernier sujet que je veux qu'on aborde pour s'amuser un petit peu, mais en même temps sujet critique. Flavien, est-ce qu'on peut tomber amoureux d'une IA ?
Flavien ChervetAlors oui, évidemment, il y a plein qui sont tombés amoureux d'une IA. Il y a le film Her qui est magnifique pour raconter un petit peu ces questions-là. On peut tout à fait tomber amoureux d'une IA. La question la plus intéressante, c'est pas ça, parce qu'en fait, une IA peut très bien jouer sur nos émotions, simuler une forme d'empathie, etc. On sait même que des IA sont capables de faire preuve d'une empathie, en tout cas de donner un ressenti d'empathie plus fort que la plupart des humains. Donc évidemment qu'on peut tomber amoureux d'une IA.
Nicolas GuyonEst-ce que ça va être le cas ? Mais vas-y, vas-y, ta question.
Flavien ChervetC'est déjà le cas. La question, en fait, peut-être la plus profonde, c'est est-ce qu'une IA peut tomber amoureuse d'un humain ? Parce que là, pour dire ça, on ne peut pas juste regarder si une IA rapporte le fait qu'elle est tombée amoureuse. On peut très bien rapporter le fait et que ce soit en effet juste de la production de langage qui n'y ait rien à l'intérieur. Aujourd'hui, ça serait ça. Un humain qui nous dit « je suis tombé amoureux d'une IA », on va le croire, on considère qu'il a ce sentiment d'amour. Une IA, évidemment, aujourd'hui, on ne va pas le croire.
Nicolas GuyonTu as tout à fait raison et bravo pour ce superbe twist, parce qu'on fait la différence, en effet, entre une relation d'amour, un partenaire, un compagnon. Et il y a un sujet de... d'unilatéralité ou de bilatéralité par rapport à ça. Oui. S'il y a qu'à mon service et qu'elle ne peut pas me rejeter et tout ça, est-ce que je peux considérer qu'il y a une relation d'amour ?
Flavien ChervetEt ce fait-là est très intéressant. Est-ce que mon amour est... Enfin, tout dépend aussi de la définition qu'on a de l'amour. Est-ce que mon amour est juste un espèce de... de bien-être ou de désir ou de sentiment de contrôle, de possession, etc. Ou est-ce que c'est un réel sentiment de partage qui en effet est difficile à imaginer s'il n'est pas partagé justement ? Mais aujourd'hui, je pense qu'il est complètement hors de propos de dire qu'une IA peut tomber amoureuse. Elle peut simuler le fait d'être amoureuse, si tu lui demandes, elle le fera très bien. Mais dans un avenir plus ou moins lointain, ça pose la question des états mentaux d'une IA. Est-ce qu'elle peut connaître l'effet que ça fait de... Et ça, encore une fois, c'est une question qui est souvent peu prise au sérieux. Et moi, je trouve que c'est une question absolument magnifique à explorer parce qu'elle vient débunker plein, plein, plein de fausses évidences qu'on a sur les états mentaux, sur notre vie intérieure, sur la conscience, etc.
Nicolas GuyonC'est ce que j'allais te dire. Peut-être qu'on aura le plaisir de se faire un prochain épisode, tu vois, dans six mois, un an, sur la conscience, par exemple, parce qu'on en a parlé beaucoup d'intelligence.
Flavien ChervetC'est un autre sujet.
Conclusion et recommandations
Nicolas GuyonEt on pourra rouvrir ce sujet sur l'amour. Merci beaucoup, Flavien. Je veux qu'on termine absolument quand même. Normalement, je demande quel est ton bouquin que tu nous recommandes ? C'est une question traditionnelle. On n'en a pas assez parlé. Je veux absolument qu'on parle de ta BD. de ta BD que tu sors avec Nathalie. Donc Nathalie qu'on adore, que j'adore aussi, que j'espère recevoir ici un de ses cartes. Votre BD c'est Hello. Le scénario, il a l'air passionnant en plus de ça. Elle est en précommande, moi je vais la précommander aujourd'hui, sans code promo et tout ça, je vais faire ça dans mon coin sur Flevien. Parle-nous un peu de la BD, donne-nous envie de la commander.
Flavien ChervetOk, alors, le livre que je recommande, Greg et Gan, la cité des permutants. Voilà, comme ça c'est fait. Je ne vais même pas expliquer pourquoi, ceux qui auront envie...
Nicolas GuyonOn a déjà parlé ici.
Flavien ChervetExactement. Donc, Hélo, c'est une BD qui a trois caractéristiques. C'est une BD d'anticipation sur l'intelligence artificielle et l'arrivée des super intelligences. C'est donc une BD qui est fondée sur mes travaux de prospective. Le scénario commence en 2025. C'est un scénario de fiction. On va suivre un scientifique chercheur en IA en France. Sa compagne qui est ingénieure en IA qui va un peu lui piquer ses travaux et les passer à l'échelle dans une boîte aux États-Unis. Une générale de l'armée qui va monter un grand projet militaire autour de l'arrivée des super intelligences. Et une hackeuse qui va mettre un peu de bordel là-dedans. Et donc le scénario va se déployer de 2025 à 2028 avec l'arrivée de systèmes super intelligents et la question de savoir comment on valide ou non qu'ils sont alignés avec nos intentions qui sont sous notre contrôle. Là où des super intelligents sont aussi super manipulatrices, super menteuses, etc. Comment on fait pour... Ça va créer des ramifications dans le scénario un peu... Je ne veux pas dire que je suis Nolan, mais tu vois, un peu avec ces niveaux de réalité qui s'enchevêtrent. C'est un peu cette tendance-là. Donc le scénario est une fiction qu'on peut lire juste pour le kiff d'une fiction, mais en fait, comme elle s'appuie sur mes travaux de prospective, elle est complètement inspirée de plein de faits réels et de travaux réels. Et donc tout au long de la BD, si t'as envie, t'as des petits QR codes qui sont cachés dans les planches que tu peux scanner, et tu vas découvrir tous les faits réels et les travaux tout à fait scientifiques ou de prospective, etc., qui ont servi à inspirer le scénario de la BD. Donc tu peux apprendre plein plein de choses. La BD fait 108 pages, c'est un bel objet, mais t'as 60 pages pratiquement de texte à côté qui peuvent te permettre d'apprendre des choses sur l'histoire. Dernière caractéristique de cette BD, Tu l'as dit, donc c'est Nathalie Dupuis qui est la directrice artistique qui a travaillé avec moi pour la réaliser. Et c'est pas une illustratrice. C'est une directrice artistique, mais très spécialisée dans l'IA. Et donc, on a utilisé l'IA dans le procédé de création. Ça a été un énorme enjeu pour nous. C'était l'enjeu principal dans l'utilisation de l'IA, de voir, d'une part, comment on le fait de façon éthique, comment on fait en sorte que ça serve la création et pas que ça la dénature, et puis de trouver des nouvelles ouvertures créatives grâce à ça. Donc on a utilisé l'IA uniquement pour prompter les personnages de la BD. C'est pas des strips de BD classiques, c'est des grandes planches artistiques. Donc on a les personnages qui sont promptés et leur mise en scène dans ces planches-là, l'esthétique des planches, tout ça, c'est Nathalie qui le fait. Et chaque planche est vraiment une espèce de tableau d'œuvre d'art. Donc juste les personnages sont promptés, mais du coup, ça va nous permettre de créer la première BD open source. On va mettre à disposition les promptes et tous les personnages, les images de référence des personnages, toute la méthodologie complètement en open source pour que n'importe qui puisse les reprendre et faire des suites à l'histoire, faire des forks à l'histoire, des histoires alternatives, etc. Et tout cet univers de la BD pourra vivre. L'idée, c'est de proposer non pas seulement une BD, mais un lore, un univers qui soit ouvert et qui vive aussi avec les lecteurs. Donc on va travailler avec des écoles, etc. Et on veut créer un nouvel objet culturel dans le monde de la BD, ce principe de BD open source.
Nicolas GuyonBravo Flavien. Il s'agit donc de la première hyper BD.
Flavien ChervetC'est ça.
Nicolas GuyonC'est magnifique.
Flavien ChervetEt juste pour donner le site, parce que tu as dit que c'était en précommande.
Nicolas GuyonOui, j'ai dit Amazon, j'ai dit une bêtise. Allez sur le site alors, c'est ça, vas-y.
Flavien ChervetPour l'instant, comme elle n'est qu'en précommande, donc elle est à moins 30%, plein d'avantages exclusifs, etc. C'est le bon moment jusqu'au 20 octobre. Si des gens nous écoutent avant le 20 octobre, c'est le moment. sur https://hello.hyperbd.fr. Et là, on peut l'avoir moins cher. Elle sortira le 12 novembre et là, elle sera sur toutes les plateformes.
Nicolas GuyonEt je crois que c'est déjà un gros carton en précommande. En tout cas, moi, je vais aller la commander de ce pas. Flavien, c'était Hello, la BD de Flavien et de Nathalie. Félicitations.
Flavien ChervetMerci beaucoup.
Nicolas GuyonCombien de temps pour la sortir ?
Flavien ChervetC'est 9 mois de travail. Là encore, l'IA nous a pas fait gagner du temps, elle nous a fait nous ouvrir à des nouvelles possibilités créatives. C'est un autre enjeu en création d'utiliser l'IA.
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Nicolas Guyon
Formateur IA & Expert en Intelligence Artificielle Generative
Animateur du podcast Comptoir IA (160+ episodes, 50 000 ecoutes/mois), intervenant BFM Business et ambassadeur du Plan National IA, Nicolas accompagne les entreprises et les independants dans leur adoption de l'IA generative pour transformer leur activite. Ses formations IA en entreprise couvrent les fondamentaux de l'intelligence artificielle jusqu'aux cas d'usage avances de l'IA generative.
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