Episode 180
Émilie Sidiqian (Salesforce) — L'IA agentique au COMEX | Comptoir IA #180
Émilie Sidiqian
CEO de Salesforce France
Resume
Enregistré dans la foulée de l'Agentforce World Tour Paris (plus de 8 000 participants porte de Versailles), cet épisode reçoit Émilie Sidiqian, CEO de Salesforce France. Elle défend une conviction forte : l'IA agentique n'est plus un sujet de DSI mais un sujet de comité de direction, car elle change le modèle d'affaires de l'entreprise. Fini les slides et les démos théoriques : Salesforce montre désormais des clients en production à l'échelle — Pierre Fabre, Canada Goose, Adecco, Bouygues Telecom, L'Oréal — et insiste sur les fondations : pas d'IA sans data (Data 360, zéro copie, rachat d'Informatica, Clean Agent), une gouvernance hub-and-spoke, des budgets qui basculent de l'IT vers les métiers, et des garde-fous d'auditabilité et de souveraineté. L'épisode aborde aussi l'approche headless avec Claude Code et Anthropic, l'Agent Exchange et ses 13 000 agents, et Slack comme nouvelle glue du poste de travail.
Points cles de l'episode
- 1L'IA agentique n'est plus une question de DSI : elle se décide au COMEX car elle change le modèle d'affaires de l'entreprise
- 2Fini les slides : Salesforce montre des clients en production à l'échelle (Pierre Fabre, Canada Goose, Adecco, Bouygues Telecom, L'Oréal) et connecte les démos aux vraies données du client en sandbox
- 3Pas d'IA sans data : Data 360, le rachat d'Informatica et le zéro copie permettent d'interpréter la donnée là où elle est, sans migration ; un Clean Agent nettoie le stock de données
- 4Ne pas confondre vitesse et précipitation : 95 % des projets IA en pilote ne trouvent pas de rentabilité — il faut mettre à l'échelle sur des cas d'usage précis, au cœur du business, pas sur des marchés tests
- 5Plus important que de nommer un responsable des agents : définir la gouvernance — architecture, harmonisation de la donnée, bibliothèque d'agents centralisée enrichie par le terrain (hub-and-spoke)
- 6Le coût bascule des budgets IT vers les budgets métiers : la consommation de tokens doit responsabiliser le métier, avec transparence via le Digital Wallet et des offres Unlimited pour les plus matures
- 7L'approche headless permet de paramétrer un agent via Claude Code ou Codex sans ouvrir l'application ; l'Agent Exchange compte plus de 13 000 agents sur étagère ouverts à l'écosystème
- 8Les agents doivent être auditables et pilotables comme des collaborateurs : une cyberattaque toutes les 11 secondes en France impose sécurité et souveraineté de la donnée
Transcription complete
Agentforce World Tour Paris : l'IA agentique en live, fini les slides
Nicolas GuyonJe suis ravi de te recevoir sur le podcast Comptoir IA. Émilie Sidiqian, tu es la CEO de Salesforce France, à un moment où Salesforce vient de communiquer avec l'Agentforce World Tour qui s'est tenu porte de Versailles la semaine dernière. Un méga événement, un show à l'américaine : j'ai été très impressionné par tout ce que vous avez montré sur l'IA agentique. Est-ce que tu peux nous en donner une définition ?
Émilie SidiqianLe World Tour, on le fait chaque année : il y avait pratiquement plus de 8 000 personnes, tout l'écosystème — grandes entreprises mais aussi TPE et PME, toutes les industries, les associations, les écoles, les intégrateurs et les ISV qui développent des add-ons sur Salesforce. L'IA, ce n'est pas nouveau. L'IA agentique, c'est un pas de vitesse extrêmement fort : un agent IA, ce n'est pas juste poser une question et avoir une réponse. C'est une fonctionnalité qui devient une force de travail — elle peut piloter, agir, répondre, et elle s'insère dans un monde hybride où salariés et agents IA travaillent ensemble au bénéfice de l'entreprise.
Émilie SidiqianDepuis 2024, on a lancé Agentforce, une plateforme qui facilite la création d'agents IA en entreprise — et ce n'est pas si simple : processus métiers, compliance, règles à suivre. Au World Tour, il n'y a plus de démarche théorique : on fait de la live tech, on montre des entreprises qui ont mis en production et qui mettent à l'échelle. Un mix entre les nouveaux engagés — Pierre Fabre, Canada Goose ou Dell cette année — et ceux engagés depuis plus de dix-huit mois, comme Adecco, Bouygues Telecom ou L'Oréal, pour vérifier que ce n'est pas de la théorie mais bien du concret.
Nicolas GuyonUn des trucs qui m'a le plus plu, c'est quand tu as donné ton email à tout le monde en direct, en disant que c'était fini les démos, fini les slides et fini les vidéos de la part des commerciaux Salesforce : de la pratique directement auprès des clients ou des prospects.
L'IA agentique, une affaire de COMEX, pas de DSI
Nicolas GuyonPour un COMEX qui se pose aujourd'hui des questions sur cette IA agentique, sur comment y aller, qu'est-ce que tu donnerais comme conseil ?
Émilie SidiqianJ'ai donné mon email, mais Salesforce en France ne se résume pas à une branche commerciale : on suit nos clients de bout en bout, sur les mises en production et sur l'adoption. Après cinq ans à la tête de Salesforce France, c'est la grande transformation qu'on a faite : accompagner dans la durée. Car ce qui compte pour un COMEX, ce n'est pas de faire un choix technologique, c'est de s'assurer que ce soit transformant. Aujourd'hui, l'IA, ce n'est pas une question de DSI : c'est au cœur des réflexions des comités de direction parce que ça vient changer le modèle d'affaires de l'entreprise.
Émilie SidiqianTout le monde est en train de faire sa mue, et ces sujets de technologie s'adressent aux métiers. Le pas de vitesse est tellement dingue — on n'a jamais vu une révolution aussi majeure en termes de temps — qu'il faut être sur l'accompagnement. Quand je dis qu'il n'y a plus de slides, c'est que le meilleur moyen de comprendre, c'est de connecter la technologie à des données : il n'y a pas d'IA sans data. Il faut montrer ce que ça donne dans votre contexte, votre industrie, sur vos données, dans des environnements sandbox, pour que l'adoption se fasse le plus rapidement possible.
Pas d'IA sans data : Data 360, zéro copie et Clean Agent
Émilie SidiqianOn a 27 ans d'histoire avec nos clients, 27 ans où on a structuré la donnée dans l'entreprise. Quand on a sorti Agentforce, on a énormément investi dans Data 360, qui permet d'éviter les écueils de l'IA : un modèle décentralisé, de la donnée éparpillée entre pays et organisations métiers. À l'époque, on disait qu'il fallait passer par de grandes phases de migration — cette époque est révolue. Aujourd'hui, on interprète la donnée là où elle est, dans Salesforce ou dans d'autres systèmes, pour unifier la notion d'un client VIP ou d'un courtier quand on est assureur.
Émilie SidiqianOn a fait le rachat d'Informatica l'année dernière, qui nous apporte richesse et profondeur dans la gouvernance de la donnée. Et on a mis en place le zéro copie : quand on veut qu'un agent raisonne et prenne des actions, il doit pouvoir piocher la donnée là où elle est, en temps réel, sur le système A, B ou C, sans forcément la copier.
Nicolas GuyonC'est hyper important, on parle souvent d'IA readiness dans le podcast. Je comprends que vous avez pensé à aller chercher cette donnée pour éviter des étapes supplémentaires aux entreprises.
Émilie SidiqianOn a même annoncé au World Tour le lancement d'un Clean Agent : des fonctionnalités d'agents IA qui nettoient la donnée. Souvent, le stock de données de l'entreprise n'est pas à jour, pas propre, avec une qualité hétérogène d'une organisation à l'autre. Ces freins sont vécus comme les premières barrières du déploiement à l'échelle des agents IA, et on accompagne les clients pour les lever.
Vitesse sans précipitation et gouvernance des agents
Nicolas GuyonCe que tu dis, c'est qu'une entreprise peut démarrer l'IA agentique directement ?
Émilie SidiqianDémarrer directement, mais il faut savoir être focus : il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. La précipitation, c'est faire de l'IA à outrance, acheter plein de modèles — ça coûte cher — et essayer un peu sur tout et n'importe quoi. C'était les derniers mois sur les pilotes, et tout le monde est revenu en disant : 95 % des projets IA n'ont pas de rentabilité. Le bon pas de vitesse, c'est de mettre l'IA au comité de direction et de décider non pas de la tester mais de la mettre à l'échelle sur des cas d'usage précis. Ceux qui vont vite fixent des roadmaps, sélectionnent le top 10 de leurs pays — le cœur de leur moteur plutôt que des petits marchés de test — et ça permet d'embarquer le maximum d'employés.
Nicolas GuyonAu début, l'IA était sur des tâches périphériques — du support, de l'admin. Aujourd'hui, on s'attaque au moteur de l'entreprise. Est-ce qu'il faut un responsable dédié des agents dans l'organisation ?
Émilie SidiqianCe n'est pas tant qui est responsable que définir la bonne gouvernance. Les trois grands enjeux : l'architecture pour bénéficier de la richesse de la donnée, la structuration et l'harmonisation de cette donnée, puis la gouvernance. Certains choisissent des modèles décentralisés où les équipes testent — un premier niveau d'acculturation. Mais ce que je vois beaucoup, c'est une centralisation, notamment pour la cybersécurité : une bibliothèque d'agents à disposition de l'entreprise avec les bons garde-fous, dans un modèle hub-and-spoke où la bibliothèque est enrichie par le terrain — des ventes au legal, à la RH et à la finance.
Le coût des agents : tokens, budgets métiers et Digital Wallet
Nicolas GuyonAu niveau du coût, on commence à se rendre compte que l'IA peut coûter cher en tokens. Le coût pour implémenter ces agents, comment ça fonctionne ?
Émilie SidiqianLes entreprises matures, qui sont à l'échelle, ont appréhendé cette notion de consommation et ont opéré une mutation de budgets IT vers des budgets métiers. Exemple simple : quand on lance une campagne marketing par SMS ou e-mails, c'est le métier qui paye, pas l'IT. Au même titre, quand des agents opèrent des campagnes, cette consommation est portée par les métiers — le setup peut rester IT, mais la consommation doit être responsabilisante pour le métier. Ce n'est plus un projet IT, c'est un projet au cœur de l'entreprise. Pour les moins matures, il reste des modèles sur licence par salarié, parce que les agents viennent augmenter les salariés : ça permet de trouver le bon équilibre entre licence et consommation.
Émilie SidiqianOn a tous en tête l'exemple d'Uber qui avait cramé son budget sur le premier trimestre. Il faut être extrêmement vigilant et trouver des partenaires technologiques qui donnent de la visibilité, de la prédictabilité, des modèles transparents — une plateforme qui permet de voir l'usage qui en est fait, sur quels process, où ça marche et où ça ne marche pas. On porte une attention extrêmement forte au Digital Wallet pour fournir cette transparence. Et les plus avancés ont même un usage Unlimited, pour déployer à l'échelle en sachant ce que cela voudra dire pour eux sur une période donnée.
Headless, Anthropic et la plateforme ouverte : Agent Exchange et Atlas
Nicolas GuyonIl y a une notion que tu as évoquée dont je suis fan : le headless computing. Marc Benioff en a parlé. On passe par Claude Code ou Codex pour paramétrer un agent sans même avoir besoin d'aller dans l'application. Toi, tu as essayé ?
Émilie SidiqianOn a tous essayé en interne, bien sûr. On travaille beaucoup avec Anthropic, mais surtout on a ouvert la plateforme de manière considérable — ça correspond à notre ADN, on a toujours prôné l'ouverture avec nos partenaires ISV. Au même titre qu'on a lancé Agentforce les premiers, on a ouvert un Agent Exchange avec plus de 13 000 agents sur étagère faits par le marché. Depuis la semaine dernière, de nombreux start-upers français me contactent pour monter sur la plateforme — et je leur dis : venez, vous avez le droit.
Émilie SidiqianQui peut dire ce qui va se passer ne serait-ce que dans six mois ? Anthropic, c'est plus de 13 modèles sortis depuis 2024. Nous, éditeurs de logiciels, on avait l'habitude de trois versions produit par an ; on sort maintenant pratiquement tous les mois. Ce pas d'innovation est réel, imposé par le marché. On se doit de ne pas insulter l'avenir : les clients qui ont investi sur nous depuis 27 ans, on leur doit d'ouvrir notre plateforme aux meilleures technologies du moment. C'est ce qu'on fait avec Atlas : utiliser la plateforme comme un orchestrateur entre des salariés et des agents — des agents Salesforce comme des agents du marché, d'autres technologies.
Nicolas GuyonOn en parle tout le temps sur le podcast : Claude Opus 4.6, en novembre 2025, c'était le premier système orchestrateur d'agents. Et c'est sûr que là-dessus, vous êtes très en avance. J'ai été très impressionné par cette approche headless — moi, j'adore travailler comme ça, c'est tellement plus simple pour créer des agents et des sites.
Garde-fous : des agents auditables, sécurité et souveraineté
Nicolas GuyonComment on s'assure que l'IA ne part pas dans une mauvaise direction ? J'ai vu que vous avez mis en place des garde-fous, des systèmes un peu déterministes.
Émilie SidiqianAvec l'IA, il y a les opportunités et il y a des risques, c'est une réalité. Dans la keynote, j'ai mis l'accent sur la sécurité, le dark IA, et la souveraineté de la donnée : sur des produits comme MuleSoft ou Tableau en on-premises, des solutions souveraines françaises sont possibles. Onboarder un agent avec un rôle ne suffit pas : il faut que ce soit auditable, pilotable, que je puisse superviser ses tâches comme je le ferais avec des collaborateurs. C'est ce qu'on a mis dans la plateforme. Je rappelle : toutes les 11 secondes, une attaque de cybersécurité en France. Les PME-PMI n'ont pas forcément les budgets ni l'expertise en interne — d'où l'importance d'une plateforme qui désacralise l'usage des agents tout en sécurisant leur modèle d'affaires.
Slack, la glue du poste de travail, et recommandations de lecture
Émilie SidiqianIl y a aussi Slack, qu'on compare à tort à un simple outil de messagerie : dans la French Tech, 9 sur 10 l'utilisent pour orchestrer, développer, unifier les tâches et l'automatisation. Chez Salesforce, on est 85 000 dans le monde et on l'utilise tous — c'est la glue qui repense le poste de travail. Un grand groupe du CAC 40 a environ 1 000 éditeurs de logiciels en base, une ETI 150, une PME une vingtaine ; dans un centre d'appels, c'est 10 à 15 applications à l'écran. Dans Slack, on réunit l'ensemble : on converse avec son poste de travail, qui interprète, saisit, traite et agit à votre place.
Nicolas GuyonÉmilie, merci beaucoup. La question traditionnelle du podcast : un livre, un film, un jeu vidéo plus ou moins de science-fiction à nous recommander ?
Émilie SidiqianJ'en ai plein. Côté livres, un coup de pouce à Gilles Babinet avec son péril IA — un peu anxiogène dans son titre — et à Pierre Matuchet qui a sorti Révolution IA : très pragmatique, moins d'une heure de lecture, la vision de quelqu'un qui résume son expérience de lancement des agents au sein du groupe Adecco, avec une grosse dette technique. Et Nexus, des lectures qui reposent le débat : quel modèle pour demain, quels écueils éviter. Le mot de la fin : restons positifs. Comme on l'a dit dans une belle table ronde avec Sylvain Duranton de BCG X et Barbara Lavernos de L'Oréal, la France a une belle classe, mais les classements montrent qu'on est encore un peu derrière. Saisissons-nous de l'opportunité, sans être naïfs : le pas de vitesse est réel, il faut développer ce sentiment d'urgence.
Nicolas GuyonMagnifique. Donc adopter l'IA, ça on le sait — adopter l'IA agentique. Merci beaucoup Émilie, c'était passionnant. Agentforce, l'IA agentique de Salesforce.
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Nicolas Guyon
Formateur IA & Expert en Intelligence Artificielle Generative
Animateur du podcast Comptoir IA (160+ episodes, 50 000 ecoutes/mois), intervenant BFM Business et ambassadeur du Plan National IA, Nicolas accompagne les entreprises et les independants dans leur adoption de l'IA generative pour transformer leur activite. Ses formations IA en entreprise couvrent les fondamentaux de l'intelligence artificielle jusqu'aux cas d'usage avances de l'IA generative.
Ses clients : Hermes, Naval Group, ERAM, Arkopharma, Puig, CESI, SANEF...
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