Comptoir IA Podcast

Episode 181

Pierre Matuchet (Adecco) — Agents IA et recrutement à l'échelle | Comptoir IA #181

15:5316 min
Miniature de l'épisode — Pierre Matuchet
PM

Pierre Matuchet

SVP IT Digital Transformation chez Adecco · auteur de « Révolution IA »

Resume

En direct de l'Agentforce World Tour à Paris, Pierre Matuchet, SVP IT Digital Transformation chez Adecco et auteur de « Révolution IA », détaille l'un des rares déploiements d'agents IA réellement à l'échelle en France : 220 000 conversations terminées entre candidats et un agent de requalification, dont 60 % en dehors des heures de bureau. Il pose une distinction clé — la Gen AI a donné la vitesse, l'IA agentique apporte la transformation : l'agent agit, propose des décisions et fait avancer le candidat dans le process, là où l'IA générative se contente d'optimiser l'existant. Côté terrain, les recruteuses des 900 agences lancent leurs agents le soir et retrouvent le matin les 20 candidats les plus pertinents, au lieu de passer 200 coups de fil. Ses conseils aux dirigeants : humilité, n'agentifier que des process qui marchent déjà très bien, et en faire un projet business — pas IT — jusqu'au budget tokens.

Points cles de l'episode

  • 1220 000 conversations terminées entre candidats et l'agent IA de requalification d'Adecco (chiffre vérifié le matin même du podcast)
  • 260 % des interactions candidats avec l'agent ont lieu en dehors des heures de bureau — l'agent recrute pendant que l'agence dort
  • 3La formule du livre « Révolution IA » : la Gen AI nous a donné la vitesse, l'IA agentique nous donne la transformation
  • 4Un agent vient du latin agere, « agir » : il prend une action et propose des décisions, là où l'IA générative prépare sans faire
  • 5On n'agentifie jamais un process qui marche mal : il faut donner à un agent un process stable, écrit et toujours appliqué
  • 6Le budget tokens des agents Salesforce est porté par le business, pas par l'IT — c'est le business qui décide où mettre un agent
  • 7Gains concrets de la Gen AI chez Adecco : annonces adaptées au ton du client en quelques secondes et 10 à 15 minutes gagnées par entretien candidat

Transcription complete

00:00

En direct de l'Agentforce World Tour : Nicolas teste l'agent Adecco

Nicolas GuyonBonjour Pierre. Nous sommes en direct de l'Agentforce World Tour à Paris. Je me suis mis dans la peau d'un candidat et j'ai eu affaire à vos agents : ça a été très efficace, alors que j'étais en dehors des heures classiques d'ouverture quand j'ai fait mon test. Ma candidature a été analysée, j'ai vu que ça avait bougé.

Pierre MatuchetTout à fait, et je suis super content parce que j'ai vu une vidéo où tu utilisais le produit qu'on a développé avec Agentforce.

Nicolas GuyonMerci d'être ici. Tu es le SVP IT Digital Transformation d'Adecco, et vous avez déployé des agents grâce à Agentforce ces derniers mois. Quel est ton sentiment sur l'IA générative depuis six mois ?

00:50

« On n'avait jamais vu ça » : la vitesse de la révolution IA

Pierre MatuchetLe sentiment sur l'IA, c'est que ça va très, très vite. J'ai quelques cheveux blancs, ça fait un petit peu de temps que je fais de la tech. Au moment d'Internet, on s'était dit « Waouh, ça décoiffe quand même pas mal ». Le mobile, on s'était dit « Ça va super vite ». Les réseaux sociaux, encore plus vite. Mais là, on n'avait jamais vu ça : toutes les semaines il y a quelque chose de nouveau, toutes les semaines ça bouge, et il faut rester toujours présent sur le front de la tech.

Nicolas GuyonVous êtes au taquet, vous êtes pour moi parmi les premiers avec des cas à l'échelle. Tu as écrit un livre sur l'IA, « Révolution IA », sorti en janvier 2026 — lisez-le tous. Et tu as une formule que j'ai trouvée très intéressante : la Gen AI nous a donné la vitesse, l'IA agentique nous donne la transformation. Qu'est-ce que tu entends par là ?

01:44

Gen AI = vitesse, IA agentique = transformation

Pierre MatuchetChez Adecco, on le vit depuis 2024-2025 : on a mis les premiers outils de Generative AI liés à Salesforce dans l'outil de nos commerciaux et recruteurs, pour aller plus vite, moins cher et mieux — « faster, better, cheaper ». On a pris les process tels qu'ils existent et amélioré les parties les plus compliquées ou les moins intéressantes, sans changer l'organisation, les KPI ni les interactions candidat. Typiquement : on reçoit une job description d'un client, l'IA générative rédige l'annonce dans le ton du job board — style jeune et mode pour une marque de jeans, codes du luxe pour un restaurant trois étoiles Michelin. Très gros gain de temps, et des gains de qualité : plus de fautes d'orthographe.

Pierre MatuchetL'agentique, lié à Agentforce, pose une autre question : celle du business process dans sa globalité. Pour le transformer, il faut qu'il soit stable, écrit et toujours appliqué — si tu as des choses qui ne marchent pas bien, tu ne vas pas pouvoir les passer en agentic. L'expérience que tu as vécue, c'est la requalification : tu es candidat, en dehors des heures de bureau, on t'envoie un SMS et tu réponds. Ça évite à notre recruteuse ses coups de fil, et le matin elle a directement les 20 candidats qui correspondent le plus.

04:17

Qu'est-ce qu'un agent ? Retour au latin

Nicolas GuyonJ'apprécie cette vraie distinction entre IA générative et IA agentique, comme une nouvelle révolution. Quelle est ta définition ? Tout le monde a une définition différente de ce qu'est un agent.

Pierre MatuchetJe vais revenir au latin. L'agent, ça vient d'agere, qui veut dire agir. Donc l'agent, à la fin, il prend une action : dire si ce candidat va répondre ou non aux attentes de notre client, s'il y aura un fit entre les deux. L'agent est capable de proposer des décisions. Là où l'IA générative, elle génère : elle prépare, mais ce n'est pas elle qui fait à la fin.

Pierre MatuchetAutre exemple fait avec Salesforce : les entretiens candidats. Un entretien dure 15-20 minutes, plus 30 minutes pour rédiger la fiche et la présenter au client. Avec un système de transcript et de la Generative AI qui fait la synthèse et range les hard skills et soft skills dans la base de données, on gagne 10 à 15 minutes par interview. Je ne minore pas du tout l'IA générative, mais elle ne change pas ton process de travail : elle l'optimise. Pour le changer, il faut faire de l'agentique.

06:32

220 000 conversations : l'agent qui recrute pendant la nuit

Nicolas GuyonLes agents, on en entend beaucoup parler — code, service client — mais je cherche un peu désespérément des entreprises qui les ont mis à l'échelle. Beaucoup de buzz pour des agents qui sont plutôt des automatisations ou des assistants. Chez Adecco, c'est vraiment à l'échelle : j'ai lu qu'il y avait 100 000 SMS envoyés à des candidats.

Pierre MatuchetAlors, ce n'est pas 100 000 — tes chiffres doivent être un peu vieux. J'ai regardé les chiffres ce matin en préparant le podcast : on était à 220 000. 220 000 candidats qui ont terminé la conversation. Ça transforme notre façon de travailler. Le moment où je me suis dit qu'on avait changé quelque chose, c'est dans une de nos agences — on en a 900 en France. La recruteuse me dit : « Le truc sympa, Pierre, c'est qu'avant de partir le soir, je lance mes agents sur les commandes du lendemain. Quand j'arrive, au lieu de passer mes 200 coups de fil, j'ai déjà mes candidats qui suivent. »

Pierre MatuchetEt 60 % des interactions qu'on a avec nos candidats via cet agent, c'est en dehors des heures de bureau. Là, on est vraiment sur la modification fondamentale de notre process de travail et de l'interaction avec le candidat.

08:13

Recruteurs soulagés, candidats servis à toute heure

Pierre MatuchetOn a tous les capteurs de mesure possibles, et Salesforce nous aide à tout mesurer. Deux aspects. Le recruteur : on lui enlève la partie la moins sympa de son job. Notre métier, c'est de mettre à l'emploi des gens qui en sont plus ou moins éloignés. La joie d'un recruteur, c'est de proposer un job à quelqu'un qui n'en a pas — on a même des CDI intérimaires, un intérimaire sur cinq en France chez nous. Quand on réduit les zones les moins sympas, les « pain points », nos recruteurs sont contents qu'on leur mette des agents.

Pierre MatuchetCôté candidats, le premier élément est logistique : tu l'as dit toi-même, tu as interagi avec Adecco en dehors des heures de bureau. On est désormais disponibles pour nos candidats à tout moment.

Nicolas GuyonCe que j'ai apprécié, au-delà de la réponse hors heures de bureau, c'est que j'ai senti qu'il se passait quelque chose, que j'avançais dans le processus — qu'il y avait une action. Si c'est pour avoir un chatbot qui me donne des CGV que je pourrais lire sur le site, ça ne m'intéresse pas.

Pierre MatuchetTon retour me fait super plaisir. Dans le process, l'agent dépend du job : il va avoir un dialogue différent en fonction de ton job et de ton CV.

10:49

Conseils aux dirigeants et recommandation SF

Pierre MatuchetDéjà, il faut être très humble : ce qui est vrai aujourd'hui ne le sera peut-être pas demain matin, et dans six mois on sera peut-être totalement ringardisés. Ensuite, ce n'est pas un sujet technique — la tech est prête. La vraie question, c'est comment embarquer, comment trouver le process qu'on va agentifier. La tentation, c'est de prendre le truc qui ne marche pas et de le donner à un agent : c'est la meilleure façon de ne pas y arriver. Il faut donner à un agent un truc très bien huilé, bien processé. L'agent, ce n'est pas magique, ce n'est pas un miroir aux alouettes. Et il ne faut surtout pas que ce soit un projet IT : c'est un projet business, drivé par le business.

Pierre MatuchetChez Adecco, le budget lié aux tokens, à la consommation des agents Salesforce, n'est pas dans le budget IT : il est dans le budget business, parce que c'est le business qui décide où on met un agent et pourquoi. Et on a commencé facile : pas l'Everest par la face nord. On a choisi le pays le plus centralisé et le plus industrialisé dans ses process, et les process les plus consommateurs. La priorité fixée par le COMEX d'Adecco, c'était les tâches de recrutement, parce que c'est là où on peut faire la différence.

Nicolas GuyonMerci Pierre. Dernière question : un bouquin, un jeu vidéo, un film de science-fiction à nous recommander ?

Pierre MatuchetJe suis en train de lire « La Simulation » de Loïc Escht — que tu as invité sur le podcast. Je n'ai pas terminé, mais c'est absolument fascinant : qu'est-ce qui se passe derrière tout ça, où va-t-on, y a-t-il un jeu caché derrière ? Un livre à la fois exigeant, intéressant et très actuel, le résultat d'une enquête serrée. Et merci Nicolas !

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Nicolas Guyon

Formateur IA & Expert en Intelligence Artificielle Generative

Animateur du podcast Comptoir IA (160+ episodes, 50 000 ecoutes/mois), intervenant BFM Business et ambassadeur du Plan National IA, Nicolas accompagne les entreprises et les independants dans leur adoption de l'IA generative pour transformer leur activite. Ses formations IA en entreprise couvrent les fondamentaux de l'intelligence artificielle jusqu'aux cas d'usage avances de l'IA generative.

Ses clients : Hermes, Naval Group, ERAM, Arkopharma, Puig, CESI, SANEF...

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